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LA VIE DE SAINTE GENEVIEVE

SAINTE GENEVIEVE : quand ? pourquoi ? comment ?

 

 

 

QUAND ET POURQUOI ?
 

Lors des « Journées d'études de l'Aumônerie militaire » qui se tenaient en février 1961 à Paris, il y eut, comme souvent, des réunions pour étudier des questions particulières. Il y eut donc, cette année là, une réunion destinée à mieux comprendre les sous-officiers. Le nouvel aumônier des Gendarmes avait naturellement choisi cette réunion. La question des fêtes des patrons d'armes fut abordée. Quelle place avaient-elles pour annoncer l'Evangile ?

L'aumônier des gendarmes demanda à ses confrères s'ils connaissaient un patron ou une patronne pour la Gendarmerie. L'aumônier en chef des F.F.A. intervint pour dire qu'il avait étudié cette question avec des Gendarmes des Forces Françaises en Allemagne. Ceux-ci avaient trouvé que Ste Geneviève, par sa vie de dévouement au service de ses compatriotes, pouvait constituer un modèle pour eux. De plus, cette sainte était bien Française et sa vie n'était pas de l'ordre de la légende.

 

COMMENT ?

 

L'aumônier des Gendarmes en parla avec les aumôniers qui travaillaient alors avec lui et après un sondage auprès des gendarmes, il fut décidé qu'on la présenterait et qu'on la fêterait.

En Gendarmerie, on aime ce qui est bien officialisé : aussi, il fut décidé que l'aumônier national demanderait à Rome un acte officiel pour ce patronage. Ce qui fut fait par l'intermédiaire de l'évêque des Armées, alors le Cardinal Feltin, et son Vicaire aux Armées, Mgr. Badré.

Le 18 mai 1962, le Pape Jean XXIII déclarait « Sainte Geneviève Patronne céleste principale auprès de Dieu des Gendarmes Français, gardiens de l'ordre public ».

L'acte officiel, ou « bref », débute ainsi : « Selon une ancienne et louable coutume, nombre d'armées chrétiennes se confient à la protection des saints du Ciel, afin d'être défendues par leur secours dans l'adversité, d'être à l'abri des périls menaçants et de remporter la victoire ... »

Et le Pape définit ainsi les Gendarmes : « ... il leur revient de défendre la loi de leur pays, de veiller au bien de la société humaine, de réprimer l'audace des malfaiteurs. »

Les événements contemporains, comme ceux du passé illustrent cette définition donnée par le Pape Jean XXIII.  Il importe de méditer ces trois points : défendre la loi, veiller au bien de la société et réprimer l'audace des malfaiteurs ».

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la longue vie de Ste Geneviève offre de multiples exemples dont les Gendarmes peuvent s'inspirer pour accomplir leur grande mission de service auprès de leurs compatriotes. Lisez plutôt !

 

 

LA SITUATION HISTORIQUE
LORS DE LA VENUE
DE SAINTE GENEVIEVE


Nous sommes en 400 après Jésus-Christ. L'Europe Occidentale est en plein drame. L'empire Romain s'étendait de l'Atlantique au Caucase avec, en gros, au nord les frontières naturelles du Rhin, du Danube, à l'est la Turquie, la Syrie, la Palestine, le Sinaï, au sud la côte de l'Afrique du Nord jus qu'au Maroc. C'était « La Paix Romaine » (pax romana).

L'empire était sillonné de voies de communications remarquables. Il connaissait des cités prospères, une économie solide, une administration efficace. Certes, il y avait des guerres aux frontières, des campagnes militaires pour les consolider. Mais tout citoyen était convaincu de la solidité et de la pérennité de cet Empire.

Progressivement, tout va craquer : à peine un siècle suffira à l'écroulement de ce bel édifice.

 

La Gaule, une des plus riches provinces, connaît le malheur. Les Gaulois sont divisés : les uns attendent d'être sauvés par Rome ; les autres se rallient aux Francs, peuple établi aux bords du Rhin. Les Romains avaient longtemps lutté contre eux, mais pour les contenir et se les concilier, ils avaient fait alliance avec eux et leur avaient accordé tout un territoire au-delà du Rhin. Mais jusqu'à quand se contenteront-ils de ce gain ?

 

En 406, les Goths, peuple germain, envahissent l'Italie, mettent Rome à feu et à sang. Saint Augustin, évêque d'Hippone (Bône ou actuellement Anaba Algérie) écrit que la fin du monde approche. A la même époque, traversant le sud de la France, un autre peuple germanique, les Wisigoths dévastent l'Espagne et s'y installent ... Ce ne sont là que quelques grands traits des drames de l'époque. Un exemple précis : Trêves fut pris et repris quatre fois entre 406 et 440, pour finir par rester aux mains des Francs.

 

Pièce par pièce, l'empire s'effondrait et, avec lui, la plupart de ses institutions. Seule, au presque, l'Eglise se maintenait dans la tourmente des invasions et le peuple s'habituait à s'appuyer sur elle, à compter sur elle pour survivre.

Et pourtant, au plan religieux, tout n'était pas clair. La foi au Christ s'était bien implantée dans cette région, mais il y avait toujours un grand nombre de païens. De plus, les fausses doctrines ne manquaient pas. Tout au long du 4ème siècle, s'est répandue l'hérésie de l'arianisme. Arius, un prêtre de Constantinople en fut le promoteur. Il prétendait que Dieu Père seul est Dieu, le Christ est une créature de Dieu. Cette doctrine s'était répandue parmi les peuples germaniques, envahisseurs de l'Europe occidentale.

Au début du 5ème siècle, une autre hérésie se répandait, le Pélagianisme, du nom d'un moine d'Angleterre, Pelage, qui niait la nécessité et l'action de la grâce de Dieu.

C'est dans ce contexte de bouleversements politiques et religieux qu'en 420, dans le bourg de Nanterre, village proche de Paris (Lutèce était devenue Paris au milieu du 4ème siècle), naît une fille à qui l'on donne le nom gaulois de Geneviève, c'est-à-dire « fille du ciel ».

 

LA NAISSANCE ET L'ENFANCE
DE GENEVIEVE

 

Faisons connaissance avec la famille de Geneviève.

Les parents de Geneviève apparaissent très différents l'un de l'autre. La mère, Geroncia, d'origine grecque, était une femme autoritaire et jalouse. Sa foi chrétienne n'était pas bien approfondie. Le père était un gallo-romain ; il s'appelait Sévère. C'était un homme simple et bon, ayant une foi profonde. Il était riche et possédait des terres dans différentes régions du bassin parisien. Depuis des années, ce ménage gallo-romain souhaitait avoir un enfant, surtout un fils. On le comprend : il comptait surtout sur un homme pour faire valoir les terrains qu'il possédait et dont il vivait.Geroncia fut très déçue de donner naissance à une fille. C'est Sévère qui, considérant cette naissance comme un don du ciel, lui donna ce nom de Geneviève.

Le baptême fut célébré à Nanterre, la marraine était une dame noble, amie de la famille résidant à Paris dans un immeuble que nous qualifierons aujourd'hui de « grand standing ».

 

La tribu gauloise qui s'était installée dans cette partie du bassin parisien s'appelait la tribu des « parisii ». Peuple très travailleur et commerçant, il avait tout de suite jugé le parti qu'il pouvait tirer de l'île de la cité. Il avait donc fait des deux  îles de la Cité et de l'île saint Louis un centre économique très actif, bien protégé. Les murs de la ville suivaient le contour des îles. Au sud de l'île (à l'endroit où se trouve actuellement une grande statue de Ste Geneviève) il y avait un pont qui reliait la ville à ce secteur qui est devenu aujourd'hui le quartier latin. Les Romains avaient établi, en cet endroit des rives de la Seine, plusieurs monuments : des thermes, des arènes, etc. ... Mais, au temps de Geneviève, les différentes incursions barbares en avaient fait des ruines. Seule, Paris, dans ses îles, restait bien établie.

 

La puissance et la richesse de la cité venaient de la Seine, grâce à toute une flottille de commerce (les bateliers étaient appelés des « nautes »). On en mesure l'importance quand on sait qu'à l'époque le fleuve était la seule grande voie de communication.

Nanterre est éloignée de Paris d'une dizaine de kilomètres. A l'époque de Geneviève, c'était un grand espace de prés, de champs et de bois. Derrière ce bourg, montait la colline verdoyante du Mont Valérien. Quand, aujourd'hui, on voit la densité des constructions et les lignes futuristes du quartier de la Défense, on a quelque peine à imaginer Nanterre, gros bourg isolé dans la campagne et les champs.

 

Si la campagne est souvent une réserve de silence et de recueillement, à l'époque, elle n'était pas exempte de risques. Il y avait les « bagaudes », c'est-à-dire des paysans miséreux et révoltés, qui, de temps à autre, parcouraient la campagne et la pillait pour manger. Nanterre était une petite place forte qui les tenait à distance. Geneviève, cependant, parcourait le domaine familial et avait appris à mesurer les dangers qui menaçait les pauvres gens.

Alors qu'elle atteignait l'âge de dix / onze ans, un événement important survint qui devait changer l'orientation de toute sa vie.

 

LA VOCATION
DE
GENEVIEVE

 

Nous disions plus haut qu'en Angleterre, un moine, Pélage, enseignait que la sainteté est le seul fruit de la volonté; il niait l'action de la grâce de Dieu (l'action de son amour), il va jusqu'à nier le péché originel (l'état du monde séparé de Dieu dans lequel nous naissons, c'est le Christ qui casse cette séparation) il ne reconnaît pas le poids de la tentation et la signification de la souffrance et de la mort en tant que suites du péché. Il conçoit la liberté humaine, crée certes, mais totalement autonome. C'est par sa seule volonté que l'homme observe la Loi divine.

Pélage réduit le christianisme à une morale. Cette hérésie connaît du succès et elle inquiète le Pape Célestin Ier. Ce dernier demande à deux évêques gaulois de partir pour la Grande Bretagne et d'y combattre l'erreur. Ces envoyés sont Saint Germain d'Auxerre et Saint Loup de Troyes.

 

Germain était enfant d'Auxerre, il fit de brillantes études a Autun qu'il acheva à Rome. Il obtint dans sa ville natale un poste de grand fonctionnaire impérial. Sa dignité et ses vertus le désignèrent au peuple chrétien de cette ville qui l'élut évêque en 418. A cette époque les évêques étaient élus par la communauté chrétienne.

Loup est moins connu. Nous savons qu'il demanda à devenir prêtre à la mort de son épouse et qu'il fut élu évêque de Troyes en 426.

Pour se rendre en Angleterre, les deux évêques empruntèrent la route la plus sûre, celle du fleuve. C'est en descendant la Seine, qu'un soir de l'année 429, ils s'arrêtèrent au bourg de Nanterre.

 

Cette halte fut une disposition de la Providence.

Si le passage des deux missionnaires suscita un émoi dans la vie toute simple des habitants, il fut aussi l'occasion d'un rassemblement de la communauté chrétienne : accueil, prière, prise de conscience de la solidarité missionnaire, recherche d'une forme de soutien et d'aide pour les envoyés ... autant d'éléments qui lui faisaient « sentir » ce qu'était l'Eglise apostolique et universelle.

Germain distingue Geneviève dans l'assemblée qui se presse pour accueillir la petite troupe des missionnaires. Il l'appelle, lui demande son nom et fait quérir les parents. Il annonce à ceux-ci que leur fille est appelée à offrir sa vie au service de la prière et du prochain. L'évêque demanda alors à Geneviève si elle acceptait de mener une telle vie. La jeune fille répond tranquillement et avec assurance "oui". Elle supplie l'évêque de prier pour elle, car elle sait sa faiblesse et pressent les difficultés de cette vocation. Le lendemain, à l'église, une petite cérémonie officialise cet appel. Germain remet à Geneviève une médaille portant le monogramme du Christ et lui dit une formule de ce genre : « Porte cette médaille en souvenir de ce jour. Elle remplacera toutes les parures...Puisse Dieu être ta seule parure de chrétienne... ».

Puis Germain et Loup dirent adieu à Nanterre et poursuivirent leur route.

 

Cet événement pose le problème de la vocation. Comment une enfant de dix ans peut assurer qu'elle se « sent » appelée par Dieu ? Pour le comprendre, il ne faut pas juger avec nos mentalités actuelles. La vie, aujourd'hui, est très complexe et un enfant est embarrassé pour savoir ce vers quoi il pourrait orienter sa vie. Au 5ème siècle, la vie était plus simple, la foi, bien que tout aussi menacée que de nos jours, était plus profonde, les conditions d'existence donnaient aux jeunes une plus grande maturité psychologique ... Et, il y a aussi le mystère de l'amour de Dieu agissant au tréfonds de chacun de nos êtres. La vocation n'est pas le fruit d'un rêve. Elle est la recherche de l'épanouissement de l'homme en réponse à un appel de Dieu, appel qui demande une bonne connaissance de soi-même pour un meilleur service du prochain et de Dieu.

Ainsi, les circonstances ont authentifié la vocation religieuse de Geneviève. Aux yeux de tous ses concitoyens de Nanterre, elle est marquée et il est probable, pour ne pas dire certain, qu'elle devient un « signe de contradiction ». Pour les uns, Geneviève est admirée, pour les autres elle est enviée ... ou jalousée.

 

De tous temps, peu comprennent ce mystère de l'appel de Dieu.

 

Comme tant de parents qui se lamentent parce que nous manquons de prêtres ou de religieuses, mais qui n'admettent pas que cela puisse concerner leurs propres enfants. Les parents de Geneviève s'opposent à la vocation de leur fille, surtout sa mère Géroncia. Le raisonnement de cette femme est simple et connue : « Ma fille est jeune, elle a le temps de changer d'idée ; faisons attention à ce qu'elle ne fréquente pas trop l'Eglise et entraînons-la à vivre avec les jeunes de son âge ... ».

C'est ainsi que l'année qui suivit le passage des Evêques, en 431, lors de la préparation à la fête patronale de Nanterre, Geneviève demande à sa mère la permission de se rendre à l'église. La mère refuse et pour briser toute résistance de la part de sa fille, elle la gifle violemment. Est-ce l'excès de sa colère ? est-ce une épreuve de la part de Dieu ? est-ce les deux à la fois ? Toujours est-il que Géroncia perd la vue.

 

C'est un drame familial qui va durer vingt et un mois.

 

Cette femme aveugle va comprendre, petit à petit, que la vue des choses « du dedans » est plus importante que celles des choses extérieures. Géroncia découvre sa dépendance à l'égard des autres, car elle ne peut plus rien faire sans l'aide de son mari ou de Geneviève.

C'est l'illustration du passage de l'Evangile où Jésus, invité par deux soeurs, Marthe et Marie, est interpellé par la première : « Dis donc à ma sœur de m'aider ... » et Jésus de répondre : « Tu t'inquiètes et t'agites pour beaucoup de choses, pourtant, il en faut peu, une seule même ... » Géroncia se pose la question quel est ce peu « dont il faut » ? « La seule chose qu'il ne faut pas manquer ? »

 

De leur côté, Geneviève et son père prient pour Géroncia ; ils souffrent de la voir aveugle. Mais, un jour Géroncia demande à sa fille d'aller chercher de l'eau au puits. Geneviève s'y rend en hâte et au retour, elle entend sa mère lui demander de faire un signe de croix sur l'eau. Geneviève obéit et sa mère prend l'eau, se frotte les yeux plusieurs fois en invoquant le ciel .et ... le miracle se produit : la vue lui est rendue.

Dès lors, aidée par sa mère, Geneviève prépare sa consécration. Elle a quinze ans lorsqu'elle est présentée avec trois compagnes à l'Evêque de Paris, Marcel. La cérémonie est toute simple : les jeunes filles offrent à Dieu leur virginité en signe d'amour exclusif témoigné à Dieu et pour un service permanent du prochain. Elles reçoivent comme signe distinctif un petit voile violet qu'elles doivent toujours porter lorsqu'elles sont à l'extérieur.

En ce temps là, il n'y avait pas de couvent. Les « religieuses » (pour employer un langage contemporain) vivaient avec les membres de leur famille, gagnant leur vie comme tout un chacun, se dévouant auprès des malades et des pauvres. Elles se retrouvaient, pour la prière à l'église, trois fois par jour.

 

GENEVIEVE
A
PARIS


En 440, Geneviève perd ses parents. Elle est seule. Elle accepte alors l'invitation de sa marraine et va demeurer auprès d'elle au coeur de Paris. Geneviève va habiter quelques années dans une riche maison qui devait se situer sur l'actuel parvis de Notre Dame. La marraine de Geneviève était l'épouse d'un haut fonctionnaire impérial et notable de la Ville. Nous dirions aujourd'hui que cet homme avait, de par sa situation, un confortable et vaste logement de fonction, à tel point que Geneviève y disposait de plusieurs pièces.

 

Parmi les obligations du poste de ce fonctionnaire, figuraient nombre de réceptions. Paris était une ville importante tant par sa position géographique au centre du bassin parisien que par sa situation sur cette voie de communication qu'est la Seine. L'empire romain utilisait l'habileté de ses diplomates pour contenir, endiguer et employer la poussée des peuples germaniques.

De tous les temps bien des questions diplomatiques se traitent ou au moins des solutions s'ébauchent au cours de réceptions ou de dîners. Il faudrait ici se reporter aux livres qui traitent des réceptions et des banquets à la romaine pour comprendre le monde dans lequel évoluait Geneviève.

Comme de tous temps aussi, se pressent à ces réunions des hommes avides de bonnes places ou soucieux de gagner un marché. Les femmes y jouent souvent un rôle important. Donc, la maison de la marraine était un lieu où les femmes rivalisaient d'élégance pour le profit de leur mari, de leur amant ou de leur compagnon ; c'était aussi la « villa » où se côtoyaient les hauts personnages de l'administration, de la diplomatie, de l'université et de l'armée.

Devenue fille de la maison, Geneviève paraissait à ces réceptions et la vivacité de son intelligence comme son amabilité attiraient l'attention. Elle était donc exposée à la tentation de la richesse et de la facilité morale qui y est souvent liée.

Geneviève resta fidèle à sa consécration parce qu'elle fut attentive à une double discipline de vie.

 

D'une part, elle fit passer avant toutes choses le temps voué à la prière et à la méditation. Elle savait que « pour pratiquer la Parole du Seigneur » il faut d'abord « 1'écouter ». Elle lisait donc l'Evangile et pour qui sait lire L'Evangile, il n'est guère possible de se faire illusion : confrontés à la Parole de Dieu, nous nous voyons « tels que nous sommes », c'est-à-dire faibles et pêcheurs et on attend de Dieu le courage et la force nécessaires pour être fidèles à son amour.

D'autre part, Geneviève visitait les malades et les pauvres. Dieu sait les misères que cachaient ces maisons écrasées les unes sur les autres, avec des ruelles sombres et souvent sans hygiène. Cette connaissance concrète et quotidienne du malheur et du mal rappelait à la jeune fille la réalité de la condition de la majorité des hommes. Le luxe de la maison de sa marraine ne lui faisait pas écran ; au contraire, il constituait un appel à vivre pratiquement la vertu de charité.

 

 

 

L'EPREUVE
DE LA
MALADIE

 

Vers l'an 445, Geneviève fut éprouvée dans sa chair, elle tomba gravement malade et fut pendant plus d'une semaine entre la vie et la mort. Aucun des soins prodigués n'apaisa la fièvre qui la brûlait. Etait-ce la poliomyélite ou l'hémiplégie ? Il est difficile de se prononcer, les récits de l'époque parlent d'une attaque de paralysie qui la maintint pendant trois jours dans le coma.

 

A 25 ans, Geneviève passa par la terrible épreuve de la souffrance et de l'agonie. Sa foi lui en fit saisir tout le prix et sa vie religieuse prit toute sa dimension, elle était une imitation de celle du Christ, fidèle jusqu'au don total de soi, par amour. C'est au moment des épreuves de cette sorte que l'on peut en quelque sorte rencontrer Dieu de façon particulière. C'est le drame de chacune de nos existences à un moment ou à un autre, car c'est au coeur de l'épreuve morale ou physique (ou l'une et l'autre) que s'actualise l'histoire de la foi qui est réponse à l'amour de Dieu nous purifiant de la manière à laquelle on s'attend le moins.

L'amour n'est-il pas épreuve de compagnonnage, surtout dans l'épreuve ? Dieu est le Compagnon fidèle qui est toujours à nos côtés : à nous d'avoir des yeux pour le voir.

Ainsi façonnée par l'amour de Dieu, Geneviève était prête à affronter tout au long de sa vie les nombreuses épreuves que le monde de son temps lui imposa.

Quiconque vit ou essaye de vivre selon l'esprit de l'Evangile ne peut pas être indifférent à ceux et à celles qui l'entourent ; par certains aspects, il devient même un gêneur.

 

Lorsqu'une personne s'efforce d'être, dans toutes ses actions, un témoin de Jésus-Christ, elle apparaît souvent comme un reproche vivant pour ceux qui se laissent aller à la facilité. Aussi, afin de se trouver des excuses et pour affaiblir ce genre de témoignage, la tentation est grande de se livrer à la médisance ou à la calomnie à l'égard d'une telle personne.

C'est au sortir de sa maladie que les plus affreuses calomnies circulent sur le compte de Geneviève. Mais Dieu veille.

Comme quinze ans plus tôt, l'Evêque d'Auxerre Germain doit se rendre en Grande-Bretagne. Passant par Paris, il se rend chez Geneviève et fait un éloge public de la religieuse et confond justement les calomniateurs.

 

L'amour appelle au partage. En plein accord avec sa marraine, Geneviève quitte la riche maison et avec deux de ses amies, Anne et Céline, consacrées au Seigneur comme elle, et fonde la première fraternité religieuse féminine en Gaule.

 

 

 

L'INVASION DES HUNS 


Nous approchons des années 450, des nouvelles de plus en plus alarmantes parviennent des frontières de l'Est. Le peuple des Huns commence sa conquête de l'Europe. S'i1 est vrai que ces hommes se donnent des airs terrifiants au cours des combats, il est tout aussi vrai que d'une part, ils sont loin d'être des sauvages incultes et incapables de sentiments, et d'autre part ils connaissent parfaitement l'art de la guerre. Attila, leur chef, est sûrement l'un des plus étonnants stratèges de la guerre de mouvement. Il est probable que ce peuple cherchait une terre où se stabiliser, un peu comme « la marche vers l'ouest » au siècle dernier lorsque les Etats-Unis d'Amérique entreprirent la conquête de leur continent.

Les Huns constituent une armée de 50 000 cavaliers, ils sont suivis d'immenses convois de chariots où vivent femmes et enfants, et par de nombreux troupeaux de juments et de bêtes à cornes.

Depuis cinquante ans les Huns sont établis le long du Danube et un grand nombre des leurs ont servi dans l'armée romaine. Attila, lui-même, y avait exercé un petit commandement. Avec ses compagnons, il s'était tendu compte de la décadence de l'empire et il songeait à bâtir un état « barbare » sur ses ruines.

 

Devenu roi de son peuple en 434, vers 440 il attaque d'abord la partie orientale de l'empire romain, puis abandonne et se tourne vers la partie occidentale où le roi des Vandales, Genseric, l'appelle.

 

Attila franchit le Rhin en 451, puis la Moselle, suit l'itinéraire des invasions guerrières, prend les villes de Trèves, Metz, Toul, Châlons, Reims et Sens.

 

Tout laisse penser qu'Attila va se diriger vers Paris. Aussi, dans cette ville, c'est l'affolement et la peur. Les habitants veulent fuir, car ils voient sous leurs murs, de l'autre côté des remparts et de la Seine, les convois de réfugiés qui se sauvent avec tout ce qu'ils ont pu emporter de leurs biens.

 

Les autorités de la ville ne savent quoi faire ; s'ils sont au courant de la peur que suscitent les Huns, ils savent aussi qu'au sud de la Gaule s'organise une armée sous le commandement d'un général habile et courageux, Aetius.

La communauté chrétienne de Paris se tourne vers Geneviève. Quel est son avis ? La réponse de Geneviève est formelle : il ne faut pas partir. Ses raisons sont simples : il faut faire confiance en Dieu qui demande toujours aux hommes de ne pas abandonner, mais de lutter. Il faut combattre d'abord le défaitisme et s'organiser.

 

Ce que demande Geneviève, c'est à la fois une conversion au plan humain et au plan spirituel. Les hommes se moquent de l'avis d'une femme et ils continuent à organiser l'exode. Les femmes écoutent Geneviève. D'une part on prie et, d'autre part, on agit. Geneviève, avec ses « soeurs » et quelques femmes décidées, parcourt la ville et empêche les départs. La fièvre monte et des hommes veulent s'emparer de Geneviève et la jeter dans la Seine. C'est à ce moment qu'un compagnon de Germain, Sedulus, échappé du sac d'Auxerre, arrive à Paris et remet à Geneviève de la part de l'évêque défunt un coffret de présents bénis (on disait des « eulogies »). Cet homme a de l'autorité, il soutient Geneviève. Le calme revient. La tentative d'exode est arrêtée ... et les nouvelles arrivent, Attila se dirige vers Orléans, laissant Paris libre.

 

Paris est sauvée. Est-ce un miracle de la part de Geneviève ? Certes, des esprits forts montrent qu'Attila avait d'autres préoccupations, car il savait qu'une armée marchait à sa rencontre et il lui importe de détruire au plus tôt les points stratégiques sur lesquels comptait cette armée de coalisés. C'est pourquoi il se dirige sur Orléans.

Avant de dire un mot sur la bataille d'Orléans, parlons de Paris. Nous avons dit, plus haut, que le chef des Huns est un homme qui connaît l'art de la guerre et qu'il sait très bien manoeuvrer ses troupes. Il a ses éclaireurs et son service de renseignements. Si ceux-ci lui avaient annoncé que, dans la région parisienne, c'était la débâcle, qu'il n'y avait aucun point de résistance, il y a de très grandes chances qu'il aurait poussé ses avantages et se serait emparé rapidement de Paris pour se mieux couvrir sur son aile droite.

Seulement voilà, les renseignements qu'il reçoit font état d'une ville qui s'apprête à résister et même qui a arrêté la panique de l'exode dont il entendait profiter. Or, pour Attila, il est urgent qu'il détruise cette base importante qu'est Orléans s'il veut être certain de battre l'armée qui marche vers lui. Il fait un choix, il court le risque de laisser de côté la ville de Paris et fonce sur Orléans.

 

Le miracle est là : Geneviève, par son énergie, par la force qu'elle tire de sa foi et de sa prière, transforme un courant de peur en courant d'énergie. Par son exemple et sa parole. elle réussit, malgré tous les obstacles rencontrés, à faite comprendre aux habitants de sa ville que les raisons de vivre sont aussi nos raisons de mourir, elle montre que l'exode n'avance à rien, et au contraire qu'il aide la victoire de l'envahisseur. Faire face, par contre, c'est déjà engager le processus de la victoire.

Attila donc, se dirige sur Orléans. C'est une ville forte, très bien défendue ... par son évêque : Aignan (qui sera plus tard canonisé) ; c'est un ancien officier romain; lui aussi connaît l'art de la guerre. Depuis qu'il a appris l'avance des Huns, il se prépare, car il sait qu'il doit tenir pour permettre à l'armée d'Aetius, l'armée des Romains et de ses alliés, de finir son organisation et de livrer bataille.

 

Les Huns comptent sur leur rapidité, mais ils sont surpris de voir qu'Aignan avait prévu leur arrivée. Le 28 Juin 451, il leur faut livrer une terrible bataille. C'est le premier véritable obstacle qu'ils rencontrent depuis leur entrée sur le sol de France. Après des heures et des heures de lutte, au prix d'énormes pertes d'hommes, ils réussissent à forcer une porte de la ville, et c'est alors le combat de rues. Aignan, l'épée à la main, est au milieu de ses compatriotes, il se bat, est partout pour soutenir le moral et donner des ordres de combat et de contre-attaques. Les Orléanais sont submergés par le nombre des Huns, plus ils en tuent ou en blessent, plus il semble en sortir de nouveaux. Hâves, fatigués, n'en pouvant plus, ils vont abandonner ce qui reste de la ville quand surgit la cavalerie d'avant-garde de l'armée des coalisés.

Attila sent le danger que peut être cette ville détruite, il fait battre le rappel des siens et ordonne la retraite. Il veut trouver un terrain où il livrera bataille selon sa technique enveloppante avec ses escadrons rapides et meurtriers.

 

Il trouve ce terrain aux alentours de Troyes, c'est la fameuse bataille restée dans l'histoire sous le nom de « Champs Catalauniques ». Le chef Hun stoppe la retraite et fait face. De suite il attaque. Mais s'étant rendu compte que les Huns n'étaient pas invincibles, les Gallo-romains ne se contentent plus de faire de la défensive, eux aussi attaquent. Toute une longue journée, la bataille est meurtrière ; à proprement parler il n'y a ni vaincus, ni vainqueurs.

 

Attila prend conscience qu'il ne peut poursuivre cette conquête et il se replie vers les terres d'où il était parti, ces plaines du Danube où lui et son peuple s'établiront (août 451).

L'année suivante, il attaque l'Italie du Nord, mais grâce à l'intervention et à la diplomatie du Pape Léon, et aussi soucieux de ne pas trop s'écarter de ses bases, Attila se replie moyennant tribut. Il meurt l'année suivante; au cours d'une nuit de noces (à 70 ans). On le retrouve sur sa couche, le sang de la congestion lui coulant du nez et de la bouche.

 

A Paris, les Parisiens ont suivi avec attention tous ces événements et on se félicite d'avoir écouté Geneviève. Elle devient la conseillère de la ci té.

Au cours de l'année 452, la marraine de Geneviève meurt. Geneviève quitte alors l'île de la Cité et va habiter, avec ses religieuses sur le "mont", en fait, la colline de « Leucotilius », qui s'appellera plus tard « Mont Sainte-Geneviève ».

 

APERCU SUR LA SITUATION POLITIQUE
ENTRE 450 ET 500

 

Comment saisir l'importance du rôle joué par Geneviève si l'on ignore certaines données de l'histoire de cette époque ?

Il y a d'abord le développement de Paris. Cette partie de la Gaule, entre Seine et Loire, bénéficie, pour des raisons que nous dirons plus loin d'une paix politique et donc économique certaine. L'île de la Cité est trop petite pour contenir tous les habitants et faire face à son essor commercial. La ville s'étend petit à petit du côté nord au pied du Mont Merrcure (qui est devenu Montmatre), et vers Catheuil (1'actuel Saint Denis) ; du côté sud, le long de la route d'Orléans au niveau de l'actuel quartier latin.

 

C'est dans ce quartier, à mi hauteur de la colline de Sainte Geneviève, que la petite communauté de religieuses s'installe.

Voyons maintenant l'essentiel de l'histoire de l'époque. Le vainqueur des Huns, Aetius, est égorgé des mains mêmes de l'empereur Valentinien III en septembre 454. C'est un de ses lieutenant, Aegidius, qui lui succède et maintient la paix dans ce secteur de l'empire, grâce à la fidélité des Francs Saliens, peuple fédéré à la coalition qui vainquit Attila.

Pour ce qui est de la vie de l'Eglise : entre 440 et 461, l'Eglise d'Occident est dirigée par un grand Pape : Saint Léon. Ses vertus, son intelligence, son caractère lui donnent une grande autorité. Son rayonnement était tel que le peuple de Rome l'élut alors qu'il était en mission et donc absent de Rome. Par son énergie et sa foi, par son activité inlassable, ses voyages et surtout son courrier, partout on sent sa présence. Au milieu d'un monde qui se décompose, il maintient l'unité de l'Eglise et par lui et avec lui les évêques font face et aider les Barbares à construire monde nouveau.

 

Entendons-nous sur le mot « barbare ». C'est un mot grec qui veut dire « étranger » et non « sauvage ». Nous dirions aujourd'hui « migrants » « émigrants ».

Au cours de cette période, deux faits vont marquer la vie de Geneviève. C'est d'une part son intervention auprès de Childéric pour la libération de prisonniers et d'autre part le lancement de la construction de la première basilique de Saint Denis.

A une époque difficile à déterminer (entre les années 460-465), le chef Franc, Childëric Ier, le père de Clovis, fidèle à Aegidius, part au secours de la ville d'Angers assiégée par les pirates Saxons qui s'étaient établis en Bretagne. Childéric et ses soldats dégagent la ville et, après s'être largement payés par le pillage, remontent vers leurs quartiers d'hiver dans l'Aisne. Childëric passe donc par Paris avec son convoi de prisonniers. Certains seront vendus comme esclaves et ceux qui seront jugés invalides seront mis à mort. Il est inutile de décrire les traitements que connaissent ces prisonniers. Mais dans la cité de Paris, tout se sait et, l'une ou l'autre des compagnes de Geneviève, en allant soigner des malades, rencontre ce convoi de soldats et de captifs. Elle en parle à la sainte. Celle-ci n'hésite pas et se rend aussitôt dans la Cité. Les gardes, aux portes, avaient reçu des consignes, mais l'insistance de Geneviève, sa conviction et sa foi lui ouvrent le passage ; elle est reçue par Childeric et elle obtient la libération des prisonniers. Cela montre à la fois la flamme qui anime Geneviève et son courage.

C'est peu de temps après qu'elle décide d'agir pour la construction d'une grande basilique en l'honneur de Saint Denis, patron de Paris. Selon Grégoire de Tours, évêque de cette ville (540-595) qui écrivit une « histoire des Francs », Denis est envoyé en Gaule par le Pape avec six autres évêques pour l'évangélisation du Pays. Ces faits se passèrent vers 250. Denis mourut martyr à une date imprécise et fut probablement exécuté non loin de cette bourgade de Catheuil, là où s'élève aujourd'hui la ville de Saint-Denis.

 

Catheuil était donc un lieu de pèlerinage, et les Parisiens s'y rendaient souvent. Mais la tombe du martyr n'était pas très digne, ce n'était qu'une chapelle. Geneviève était persuadée qu'il fallait faire quelque chose de grand. Elle rendit visite à l'évêque de Paris, Félix, et à son conseil. Certes, on l'écouta avec intérêt, mais entre le désir de faire une basilique et les moyens de la réaliser il y a un grand fossé. Le problème du transport des matériaux était d'une grande complexité et revenait très cher. Surtout il fallait de la chaux ... et il semble qu'il n'y avait pas de chaux dans la région. Or, Geneviève connaissait bien la région parisienne et précisément cette région nord de la ville ; grâce aux renseignements fournis par des porchers, on découvrit deux grands fours à chaux construits deux siècles plus tôt par les Romains. Ce grave problème matériel résolu, on trouva, sur place, de la pierre et du bois en abondance. Ce fut un prêtre, architecte, Genès, qui conçut les plans de la première basilique et dirigea les travaux. Geneviève recruta du monde et surtout beaucoup de main-d'oeuvre bénévole. De nombreux ouvriers et ouvrières vinrent offrir de leurs journées de travail. On raconte que par une chaude journée d'été la boisson vint à manquer. Genès exhorta les ouvriers à la patience et à la pénitence. Geneviève, elle, pria et demanda un miracle. Traçant un grand signe de croix sur l'une des cruches, celle-ci se remplit et les ouvriers burent à satiété et, plus jamais, la boisson ne manqua.

Pour se rendre plus facilement disponible auprès des pèlerins, la communauté religieuse de Geneviève acquit une petite maison entre Paris et Catheuil. C'est dans l'oratoire de cette maison qu'en 1429, Jeanne d'Arc pria avant de tenter la libération de Paris.


Nous allons, maintenant, étudier les événements qui se sont déroulés entre les années allant de 460 à 500. Ils nous permettront de mieux comprendre le rôle politique de Geneviève.

Nous avons déjà dit que le siècle de Geneviève est le siècle des grandes invasions.

Sous la pression des divers peuples qui envahissent l'Europe, l'Occident est voué à la dislocation. Les arrivants sont, certes, les plus fort, mais ils ne sont pas les plus nombreux, sur une population de près de cinquante millions pour l'Europe Occidentale, l'ensemble des envahisseurs au cours du ce siècle ne totalise pas plus de quatre à cinq millions de personnes.

Aussi il est facile de comprendre que l'image de l'unité de l'empire demeure et même se communique. Il n'y avait pas d'empereur en Occident, mais d'une façon assez paradoxale, les chefs barbares tiennent aux titres romains que le lointain souverain de Constantinople leur décerne.

Un des plus beaux jours de la vie de Clovis, c'est celui où il reçut le titre de consul (patrice). Ainsi par la force des choses, les peuples germaniques s'insèrent dans les institutions romaines, en adoptant les rouages, les méthodes fiscales, les administrations.

Bien plus, l'idée d'unité qui avait été celle de la politique de Rome survit à l'écroulement et, peu à peu, elle conduira, quatre siècles plus tard, au couronnement de Charlemagne comme empereur d'Occident

Malgré les remous provoqués par les invasions, les souffrances, les pillages, les violences et tout ce qui est inhérent à la guerre, ce monde de l'empire romain ne pouvait pas disparaître et il fallait qu'on lui intégrât les nouveaux venus « comme une greffe s'intègre à la substance même d'un arbre » (D . Rops).

 

Les bouleversements des invasions tout au long du 5ème siècle provoquent non seulement une espèce de chaos social, mais bien plus un profond désarroi des esprits.

L'Eglise catholique apparaît comme une force de salut, car dans la tempête elle conserve son organisation et surtout engendre ces hommes et ces femmes, animés d'un profond amour du Christ convaincus de la puissance de la Parole de l'évangile apportant à leurs contemporains un témoignage permanent d'espérance et d'amitié ; elle est comme l'arbre sous lequel on peut s'abriter et retrouver le sens de la vie.

 

Mais, face à la nouvelle puissance des barbares vainqueurs, Elle rencontre un douloureux obstacle, d'autant plus douloureux qu'il est d'ordre religieux. Par un de ces hasards déroutants, au moment où ils prennent possession de l'Europe Occidentale, dans l'ensemble, les barbares sont baptisés non dans la foi catholique, mais dans la foi arienne. Lorsque nous avons commencé ce récit, nous avions signalé cette grave erreur d'un prêtre d'Asie, Arius, qui affirmait que le Christ n'est pas Dieu. Aujourd'hui, nous mesurons mal le danger qui menaça alors l'Eglise. Au moment ou celle-ci commençait à vivre au grand jour et triomphait de ses ennemis de l'extérieur, Elle subit l'assaut terrible de cette hérésie qu'est l'arianisme. Elle manqua même d'en être submergée. L'hérésie avait été condamnée au Concile de Nicée (325).

 

Malheureusement, si cette doctrine était, malgré toutes les résistances, éliminée de l'empire, une semence avait été jetée au-delà des frontières parmi les tribus gothiques. Cette conversion des tribus germaniques à l'arianisme avait été l'oeuvre d'un homme assez extraordinaire. Il devait s'appeler quelque chose comme « Wolflein », il avait grécisé son nom et cela donnait « Ulfila ». Elevé dans la religion catholique, choisi très jeune comme lecteur, (c'est-à-dire catéchiste confirmé), il était très instruit. Lors d'un séjour à Constantinople, il se convertit à l'arianisme auprès d'un prélat arien, Eusèbe, qui le consacra évêque. Avec une grande foi, il se donna tout entier à la conversion des siens. Après avoir inventé une nouvelle écriture, il traduisit la Bible en gothique ; il établit une liturgie et un culte dans la langue de ses frères de race. Les principes doctrinaux furent réduits à des schémas simples. Il s'appliqua à dégager de l'Evangile une morale de force, d'énergie et d'héroïsme, éléments auxquels les rudes soldats sont plus sensibles; le culte prit des aspects nouveaux : messes de nuit célébrées en plein air avec des chants virils, les torches à la fumée rougeoyante créant l'ambiance voulue.

 

Ce christianisme si particulier se répandit très rapidement chez certaines peuples. Ce fut même, pour certains, du fanatisme.

Bien que l'Eglise s'efforça - et souvent avec succès - d'envoyer des missionnaires dans les pays ariens, il n'en demeure pas moins que les envahisseurs de l'empire se servent de leur religion pour se distinguer des Romains (ou assimilés). Si le pouvoir est aux mains des ariens, le clergé catholique, avec ses communautés vivantes, conserve toute son autorité. Mais en maints endroits, il y a des persécutions et, dans ce cas, comment refaire, dans cet Occident déchiré, l'unité dont tout le monde rêve ?

 

Ainsi les catholiques de Gaule se tournent-ils vers les Francs. Pourquoi ?

 

Qui étaient-ils exactement ? Il est bien difficile de le dire ! Ce qui est sûr, c'est qu'ils viennent de l'Est de l'Europe, ils ont vu, dans l'empire, une occasion de s'enrichir. D'abord fédérés à l'empire, ils s'étaient établis entre le Bas Rhin et le Main, puis en 406, profitant d'une trouée, ils vinrent s'établir en Belgique et sur la Somme.

D'où tirent-ils le nom dont on les désigne ? de « wrang »: errant ? Ou de « Frak » : brave ? Ont-ils donné leur nom à leurs armes, les « francae » ou le contraire ? On ne sait trop ! Farouches et indépendants, éloignés de la solidarité des peuples germaniques, les Francs ne se sont pas laissés convertir à l'arianisme. Pour les évêques responsables de l'unité des chrétiens, ce terrain est donc plus facile, car il est neuf. Autre conjoncture : l'un des chefs du peuple franc semble deviner l'attente des catholiques, c'est Clodovecus, plus simplement Clovis. C'est le fils de Childéric Ier dont nous avons parlé. A la mort de son père, en 481, il a quinze ans, l'âge de la majorité franque, et il est reconnu comme chef par une des principales tribus des Francs, la tribu des Saliens. Il est courageux, habile, rusé et cruel.

C'est ce moment que choisit l'évêque de Reims (son territoire couvrait alors non seulement le Champagne, mais aussi le diocèse de Metz et de Trêves, une grande partie du territoire des Saliens), Rémi, pour écrire une longue et noble lettre au jeune chef franc. Or, Reims est une ville de l'Etat romain de Syagrius et Rémi s'adresse à un concurrent pour ne pas dire à un adversaire de son « roi ». En clair, cette lettre « diplomatique » (si on peut toutefois utiliser ce mot) veut dire qu'un des principaux chefs de l'Eglise discerne dans les Francs et leur jeune chef la principale force de l'avenir.

 

Laissons quelques instants cette marche de l'histoire de notre pays pour revenir aux faits et gestes de Geneviève dans la décennie qui précède cette date de l'avènement de Clovis. Geneviève voyage beaucoup et, partout, elle soulage bien des misères.

Dans la région de la Brie, Geneviève possédait un champ important dont le produit servait à nourrir les déshérités, les pauvres et les malades. La légende raconte que la prière de Geneviève garda toujours ce champ de la grêle et de l'orage.

 

A Laon, elle est accueillie par une foule nombreuse qui lui demande d'aller au chevet d'un enfant de neuf ans qui souffre de paralysie ; la sainte s'approche de la fillette, lui commande de se lever, de s'habiller, de lacer ses chaussures ; ce qu'elle fait sans difficulté, miraculeusement guérie.

A Orléans, un serviteur, ayant gravement offensé son maître, doit subir un châtiment exemplaire, la mort. Geneviève essaie d'obtenir la grâce, mais le maître, inflexible, refuse. Geneviève lui dit alors : « Vous pouvez mépriser mes prières, il est quelqu'un qui ne les méprise pas, c'est Notre Seigneur Jésus qui nous apprend qu'il n'y a pas d'amour sans pardon ».

Ces paroles troublent cet homme dur, il en est malade ; devant sa souffrance, Geneviève l'appelle au repentir et à la conversion. L'homme pardonne et retrouve sa santé.

A Meaux, une jeune fille, Céline, séduite par le rayonnement de la fraternité religieuse de Geneviève rompt ses fiançailles. Mais le fiancé délaissé est furieux ; il poursuit Céline jusque dans l'église où elle est accueillie par Geneviève. La légende raconte que la lourde porte du baptistère s'ouvre et se referme d'elle-même pour protéger les deux femmes ; en présence de cette intervention divine, le fiancé s'incline et laisse la liberté à Céline.

Céline fera à Meaux ce que Geneviève fait à Paris.

A Tours, son action est grande auprès des malades et des possédés, et il y en avait grand nombre à cette époque.

Mais Geneviève met aussi à profit ses nombreux voyages pour rencontrer les évêques et les prêtres. Son souci est de travailler avec eux à l'annonce de l'Evangile. Comme dans toutes les époques troublées, il faut que les chrétiens cherchent la meilleure « politique" » pour ramener la paix et l'unité ; car s'il y a vraiment une Bonne Nouvelle, elle doit procurer la Paix dont tous les hommes ont tant besoin.

 

De 481 à 486, en 5 ans, Clovis affirme son pouvoir sur l'ensemble des tribus des Francs. Il veut asseoir sa domination sur tout le nord de la Gaule. Il s'attaque d'abord au « roi » Syagrius, remporte sur lui une éclatante victoire à Soissons. Et c'est à ce moment que se situe l'épisode célèbre du « vase de Soissons ». Clovis réclama à un soldat, en plus de sa part de butin, un vase pris dans une église afin de le remettre à l'évêque de Reims, le soldat refusa et brisa le vase, rappelant au roi l'égalité des guerriers dans le partage du butin. L'année suivante, alors que le roi passait en revue les troupes, il fendit le crâne de ce soldat en lui disant : « ainsi as-tu fait du vase de Soissons ! »

Cet épisode est significatif ; malgré son horreur, il manifeste, de la part de Clovis, à l'égard des responsables catholiques, non seulement des intentions de courtoisie, mais aussi la reconnaissance vis-à-vis des évêques de Champagne qui, au cours de la campagne, ont manifesté leur faveur à son endroit.

 

Cette victoire de Soissons lui permet de contrôler tout le bassin parisien. Vaincu, Syagrius s'enfuit et demande asile au roi Wisigoth de Toulouse, mais Clovis obtient qu'on lui livre son ennemi qu'il fait mettre à mort.

 

En 487, le jeune roi franc s'installe à Soissons dont il fait sa capitale.

 

Il faut aussi remarquer que ce n'est pas seulement dans les régions ou les armes franques remportent la victoire que l'influence des évêques aide Clovis.

Saint Avit, évêque de Vienne sur le Rhône, écrit une lettre étonnante de perspicacité au jeune chef, lors de son baptême. Et même, les évêques qui sont tout à fait en dehors de l'influence politique directe des Francs, du fait qu'ils s'opposent à l'arianisme des Goths, créent entre le chef Franc et eux, une véritable complicité morale. Clovis comprend parfaitement le sens de la politique qu'on lui propose et il sait que l'ensemble des évêques de France le considère comme l'homme capable de refaire l'unité et la paix dans la Gaule déchirée.

 

LE SIEGE DE PARIS
PAR CLOVIS


Clovis voudrait s'emparer de Paris et en faire la capitale de son royaume. Pour des raisons encore mal définies (si toutefois on peut les définir un jour) la ville de Paris résiste.

Habilement, Clovis ne voulut pas la prendre par la force, il la savait bien défendue et surtout il voulait éviter une trop grande mobilisation de ses forces pour le siège de cette ville. Il va tenter de l'affamer.

Nous savons que Geneviève était du parti de la résistance. Elle voulait d'abord que Clovis se convertisse au catholicisme, car elle savait la foi hésitante de ses compatriotes et elle voulait la préserver et la fortifier. Pour bien comprendre cette position de la Sainte, il faudrait pouvoir parler longuement de la psychologie religieuse de l'époque et connaître les réactions et les comportements des contemporains de Clovis et Geneviève.

 

Geneviève organisa donc le ravitaillement de la ville. Elle composa un « commando » de bateliers, car elle voulait utiliser le fleuve pour échapper aux embuscades de l'adversaire.

 

Ce commando remonta la Seine jusqu'à Romilly, puis l'Aube jusqu'à Arcis où il prit la route, la région étant plus sûre. Les habitants d'Arcis lui préparèrent le ravitaillement qu'il prendrait au retour. Geneviève et son équipe se rendirent à Troyes où elle fut reçue avec enthousiasme. Les Champenois collectèrent des provisions à l'intention des Parisiens, ils se montrèrent très généreux. A Arcis, le convoi fluvial s'organisa pour le retour.

C'est une flottille de onze bateaux qui descendit vers la ville assiégée. Les barques étaient très chargées et la navigation fut périlleuse et difficile. De plus, le mauvais temps se leva et, malgré l'habileté des marins, la catastrophe était imminente. Geneviève debout à l'avant de la principale embarcation, garda son sang-froid et par son calme et sa foi redonna courage aux bateliers qui, mettant en oeuvre toute leur science de la navigation et toute leur force, sauvèrent le convoi.

L'aumônier, un prêtre du nom de Bessus, qui a eu grand peur, au cours de la tempête, se mit à chanter de tout son coeur un psaume de reconnaissance comme « ma Lumière et mon salut c'est le Seigneur ...! »

Dès l'arrivée à Paris, pour éviter le trafic et le marché noir, Geneviève organisa la distribution sans tarder, avec des équipes d'hommes et de femmes soucieux de justice et de charité. Geneviève et ses équipes exercèrent une véritable protection des personnes et des biens.

 

Ce siège dura près de cinq ans. La question était : combien de temps cela va-t-il se prolonger ? La situation devenait de plus en plus critique. Geneviève priait, s'informait, veillait.

 

LE BAPTÊME
DE CLOVIS

 

Nous sommes en 492.

La Burgondie était une région et un royaume s'étalant de ta Bourgogne actuelle à la région Rhône-Alpes actuelle et une partie de la Suisse. L'ensemble des Burgondes était de confession arienne. La veuve d'un chef burgonde vit à Genève avec ses deux filles. Elles sont catholiques.

La mère s'appelle Caretène et les filles Clotilde et Soedeleube ...

L'histoire ignore comment Clovis connut Clotilde. Il semble fort vraisemblable que c'est l'évêque de Vienne (au sud de Lyon) qui prépara et « arrangea » la rencontre. Le mariage fut probablement célébré en 493 à Soissons. Il fallut certainement beaucoup de courage à cette jeune fille (elle avait 17 ans) belle, délicate et profondément chrétienne qu'était Clotilde pour épouser ce jeune chef Franc, violent et ambitieux, sans scrupule et ayant déjà un enfant de l'une de ses concubines.

 

Ce mariage entrait surtout dans ses visées politiques, tant pour les Burgondes que pour Clovis.

 

C'est à Clotilde qu'incomba la mission historique de permettre la conversion de Clovis dont dépendait l'avenir du pays. Sitôt mariée, la jeune femme s'attela à cette tâche. Clovis laissa baptiser le premier enfant qui naquit de leur union, mais celui-ci mourut. Un second fils vint au monde, lui aussi, reçut le baptême et tomba gravement malade. Le bon Grégoire de Tours, chroniqueur déjà cité, écrit : « Clotilde pria tant pour le salut de l'enfant, que Dieu le lui accorda la guérison ». Etant donné la psychologie des hommes de cette époque, Clovis fut certainement frappé par cette guérison, mais il resta païen.

C'est un événement politique et militaire très grave qui fut l'occasion de la conversion du jeune roi des Francs. Clovis était imité dans sa politique. Sa force venait de ce que, jeune chef d'une tribu franque, il avait unifié tous les clans de son peuple et en était devenu le roi.

Le chef Alaman, Guibault, fit de même avec son peuple et entreprit de se tailler un royaume du Rhin à la Seine.

 

Clovis doit faire face.

 

A tort, semble-t-il, longtemps on a situé la bataille décisive à Tolbiac, en fait, on ne sait pas bien où elle eut lieu ; mais nous savons, comment sentant fléchir les siens, presque désespéré, Clovis appela à l'aide le Dieu de Clotilde et s'engagea à demander le baptême s'il obtenait la victoire. Cet épisode est bien discuté. Peu importent les circonstances exactes ; il était parfaitement dans le comportement psychologique de cet homme de faire ainsi appel aux puissances divines. Il n'y a pas en cette circonstance de calcul politique. De plus le fait est là, vainqueur des Alamans, Clovis demande le baptême.

Certains historiens affirment que cette démarche religieuse n'est que politique. Nous l'avons déjà dit, il est vrai que Clovis avait un sens politique très vif ; mais quiconque connaît tant soit peu les moeurs de cette époque et de ces hommes pour qui le religieux et le supra-naturel sont étroitement mêlés et ont une importance déterminante dans leur conduite, sait que la démarche de Clovis est sincère et loyale.

 

Au jour de Noël, soit 496, soit 498, Clovis et plusieurs centaines de ses guerriers reçurent le baptême des mains de l'évêque de Reims, Rémi, et de ses prêtres au baptistère de Reims. Aussitôt, toutes les résistances des catholiques gallo-romains tombèrent, et les évêques du pays ainsi que leurs communautés se tournèrent vers Clovis pour être libérés des vexations et spoliations provoquées par les peuples germaniques ariens : Alamans, Goths et Burgondes.

Geneviève fit ouvrir les portes de Paris à Clovis et celui-ci fit, de cette cité, la capitale de son royaume, car il connaissait sa position stratégique tant au plan militaire qu'au plan économique. C'est vers l'année 500 que Clovis et Clotilde s'y installèrent. Sachant l'influence exercée par Geneviève sur la cité, Clovis rendait fréquemment visite à celle que le peuple considérait déjà comme une sainte.

 

Geneviève avait alors près de 80 ans, mais son activité ne cesse pas pour autant. Malgré ses jeûnes et privations, elle jouissait d'une excellente santé et, au cours de la période troublée précédant le baptême de Clovis (de 490 à 500), elle ne cessa de parcourir le pays de France. Elle visita Tours et il est probable qu'elle joua un rôle dans le pèlerinage que Clovis fit à Tours pour méditer sur son engagement dans l'Eglise avant le baptême. On nota des visites de Geneviève à Orléans, à Troyes, à Meaux, à Arcis. Ce furent des démarches de reconnaissance, mais aussi d'amitié. Son rayonnement et surtout sa sagesse soutenaient les évêques, les prêtres et les communautés qu'elle visitait. En effet, les membres de ces communautés étaient sollicités tout autant par les facilités morales du paganisme que par l'intérêt à adopter l'hérésie arienne qui semblait devoir dominer militairement et politiquement en Gaule.

Mais les événements ont donné raison à Sainte Geneviève.

 

Le baptême de Clovis et de l'ensemble de ses troupes va engager le destin de la France. L'évêque de Vienne, bien qu'établi au coeur du royaume burgonde, adversaire de Clovis et surtout de religion arienne, n'hésita pas à évoquer « tous ces peuples qui passeront sous votre commandement au bénéfice de l'autorité que la re1igion doit exercer ». Entendons par cette expression, la liberté inhérente à l'exercice du choix de la religion que les rois burgondes et goths niaient.

Ainsi, à travers l'acte religieux d'un chef franc audacieux, se préparait la France du moyen âge, témoin du Christ et missionnaire du catholicisme.

Prenons garde cependant de croire que les catholiques des royaumes Goths et Burgondes se révoltèrent ou contestèrent l'autorité de leur pays. Il faut nuancer l'idée de complicité que pourraient laisser entendre les réactions suscitées par le baptême de Clovis. Il est cependant certain que face aux exactions et à l'oppression des dominateurs ariens, les catholiques voyaient en Clovis comme un libérateur.

Clovis, qui avait l'intuition géniale de la conjoncture historique, sut utiliser ce climat à son avantage. L'histoire nous apprend qu'il sut se mêler habilement à une lutte fraternelle de rois burgondes, et, par la victoire de Fleury-sur-Ouche, en 500, il devint pratiquement maître de l'actuelle Bourgogne. Et en 507, par la bataille de Vouillé (dans la Vienne) ou il vainquit le roi Wisigoth de Toulouse, Alaric III, il prit possession de tout le pays, de la Loire aux Pyrénées.
 

Le temps a manqué à Clovis pour poursuivre son oeuvre.

Au cours de ces voyages et des campagnes nécessaires à sa politique, à Paris, Clotilde ·fut seule et éprouva bien des difficultés quant à l'éducation des ses trois terribles fils, Clodomir, Childebert et Clotaire. Aussi rendait-elle souvent visite à Geneviève pour puiser auprès d'elle cette sagesse et cette patience dont elle avait tant besoin pour ses enfants, mais aussi pour son soutenir mari. Le baptême, s'il est un acte de conversion, n'est pas pour autant transformation totale et définitive de l'individu, et Clovis, nouveau converti, est encore bien marqué par le paganisme.

 

 

 

LA MORT
DE GENEVIEVE



Cependant il faut signaler et le respect et l'amitié que Clovis portait à Geneviève, âgée de plus de quatre vingt ans. Pour lui être agréable, il acquit le terrain du Mont Lecotitius (aujourd'hui, montagne de Sainte Geneviève) et suivant les coutumes de son époque, établit lui-même le tracé d'une future basilique, au lancé de sa francisque.

Cette basilique sera dédiée à Saint Pierre et Saint Paul. Les travaux commencèrent de suite, mais le roi n'en vit pas l'achèvement parce qu'il mourut prématurément, le 27 novembre 511, à l'âge de 45 ans. Clovis fut enterré dans cette basilique en construction.

Geneviève, très âgée, soutenait de son mieux Clotilde, veuve à 36 ans, mais ses forces déclinaient rapidement et cinq semaines plus tard, le 3 janvier 512, entourée d'un grand nombre d'amis, surtout les pauvres de son quartier, lucide jusqu'au dernier soupir, priant avec tous, Geneviève quitta ce monde pour trouver enfin son « bien aimé Maître et Seigneur Jésus » qu'au cours d'une longue vie, elle avait si bien servi et aimer. Elle fut inhumée aux côtés de Clovis et il est inutile de préciser les funérailles marquantes dont elle fut l'objet. Son rayonnement est suffisamment parlant.

 

 

LA CHASSE
DE SAINTE GENEVIEVE

 

Le tombeau de Ste Geneviève fut donc placé auprès de celui de Clovis dans la crypte (du moins le suppose-t-on) de l'église St Pierre St Paul, construite par le roi des Francs. Des traditions rapportent qu'au cours du 6ème siècle, une châsse fut travaillée dans l'or et l'argent par St Eloi lui-même. Ce fut un ouvrage riche et admirable, et de cela on en est certain.

C'est sous le règne de Louis le Débonnaire (813-840) que l'on prit l'habitude de faire procession avec la châsse de la Sainte. C'est au cours d'une terrible inondation de la Seine que l'on invoqua solennellement la protection de la Sainte.

Lors de la première invasion des Normands, la chasse fut évacuée sur Draveil où nous savons qu'elle resta jusqu'en 853 ; c'est le 7 juillet de cette année-là qu'elle fut transportée, au milieu de grandes manifestations, en l'église que tous appelaient déjà l'église Ste Geneviève.

Lorsque les Normands tentèrent à nouveau de s'emparer de Paris, les habitants de la Cité, alertés, allèrent chercher la châsse et, au moment des assauts, les moines la portaient aux endroits où le combat était difficile; redoublant ainsi le courage des combattants. Paris ne fut pas pris, mais l'église du Mont Ste Geneviève fut incendiée et rasée.

 

L'ABBAYE
DE SAINTE GENEVIEVE


Peu après la mort de la Sainte, des religieux vinrent s'établir autour de cette église du mont Ste Geneviève.Après l'incendie de 857, s'établit une puissante abbaye, centre et tête d'une importante société religieuse. Le supérieur de cette abbaye était celui de l'Université de Paris. St Albert le Grand, puis plus tard St Ignace, le fondateur des Jésuites, et son compagnon St François Xavier, patron des missions, résidèrent en cette abbaye. L'abbaye dépendait directement du Pape.

Les religieux suivaient la règle de St Augustin et ils avaient pour mission l'enseignement et, surtout, ce qu'aujourd'hui on appellerait la protection civile et le service hospitalier. Il étaient vêtus d'une bure blanche et avaient un manteau noir.

Cette congrégation s'appelait « la congrégation des chanoines réguliers de Ste Geneviève » ou plus simplement les « Genovéfains ». Jusqu'à la Révolution française de 1792, ces religieux rayonnèrent dans une grande partie de la France et, par petites communautés de cinq à quinze religieux, assuraient leur mission.

 

C'est ainsi qu'ils furent les aumôniers de l'église Ste Catherine, « Paroisse » des gendarmes du Roi. Cette église brûla six ans avant la Révolution en 1783. Les ruines de cette église servent de fondations et en partie de murs pour un marché couvert non loin de l'actuelle église paroissiale de St Paul, rue St Antoine.

Signalons que l'église St Etienne du Mont fut construite en dehors de l'abbaye et servie d'église paroissiale aux habitants du bourg de Ste Geneviève.

En 1744, Louis XV, malade à Metz, fit voeu d'édifier une nouvelle église dédiée à Ste Geneviève en remplacement de celle de l'abbaye alors bien délabrée. Ce fut l'architecte Soufflot qui la construisit, mais ne put l'achever. Le 4 avril 1791, la Constituante la déclara Panthéon, « monment réservé à la sépulture des Français illustres par leurs talents, leurs vertus et leurs services à la Patrie ».

 

LE MIRACLE
DU MAL DES ARDENTS

 

En 992, selon la chronique de Frodoard, ce mal commença à faire de terribles ravages en France. Rien qu'au cours de l'année 993, il y eut 40.000 morts en pays d'Aquitaine, du Périgord et du Limousin.

Qu'est-ce donc que ce mal ? Il est difficile à identifier. Selon les dernières recherches, il semble que ce soit un genre de gangrène provoquée par un champignon qui pousse sous l'épi de seigle. Difficile à déceler, ce champignon vénéneux est broyé avec le grain, et comme il résiste à la cuisson de la pâte, le poison atteint facilement un grand nombre de personnes. De plus, n'oublions pas que le pain de seigle était le pain des pauvres et des besogneux (le pain de blé étant pain de luxe). Le mal provoquait comme des brûlures intolérables, d'où le nom.

En 1130, l'épidémie était particulièrement grave. Notre Dame était à ce point remplie d'agonisants que les prêtres pouvaient à peine vaquer à leur service divin.

Reprenons les effets de ce mal qui, eux, sont certains et constatés. Les brûlures ressenties dans l'appareil digestif et les reins étaient si douloureuses que la mort en était souvent la conclusion: Ceux qui en réchappaient étaient souvent fous ou tout au moins fortement perturbés par les douleurs subies.

L'évêque de Paris, Etienne de Senlis, non seulement ordonnait l'imploration permanente de. la miséricorde de Dieu, mais se dévouait aussi sans compter. Il ne faut pas oublier que seuls les religieux et religieuses assumaient alors les charges actuelles de la santé publique.

 

Les religieux de Ste Geneviève, entre autres charges, s'occupaient de soins et d'hygiène.

Mais les moyens dont on disposait à cette époque étaient peu nombreux ; la pharmacie était surtout composée de tisanes, de potions et d'onguents. Malgré toutes les ressources employées, l'épidémie ne reculait pas.

L'évêque alla trouver les chanoines de Ste Geneviève et, ensemble, il décidèrent une grande prière publique pour demander l'intercession de la Sainte. Au jour dit, le 26 novembre 1130, .une procession solennelle partit de l'église Ste Geneviève ; « les plus anciens des religieux, purifiés par le jeûne et par la prière », descendirent la châsse de l'autel et suivis par l'évêque Etienne et un grand nombre de ses prêtres se dirigèrent vers Notre Dame entre des haies formées tout le long du chemin par les malades et leur famille. Avant que la châsse n'atteignît Notre Dame, il y avait déjà de nombreuses guérisons. Les chroniques de l'époque assurent que tous ceux qui touchèrent la châsse, au cours du long défilé de vénération, furent guéris, sauf trois dont deux moururent et le troisième devint fou. Ce qu'elles rapportent également, c'est que, depuis cette date, il ne fut signalé dans le royaume de France aucun cas nouveau de ce terrible « mal des ardents ».

L'année suivante, le Pape régnant, Innocent III, vint à Paris. Parmi les travaux qu'il accomplit, il faut signaler l'enquête qu'il fit faire sur ce miracle de la guérison du « mal des ardents ». En conclusion, il établit pour le royaume de France une fête liturgique commémorant l'événement. Cette fête fut fixée au 26 novembre. Jusqu'à la Révolution, elle fut célébrée avec faste dans beaucoup de diocèses du Nord de la France.

 

 

LA DESTRUCTION DE
LA CHASSE

 

Le 8 novembre 1793 (18 brumaire, an II) la châsse de la Sainte fut transportée à la Monnaie et le Conseil Général de Paris, après avoir entendu le procès-verbal de l'ouverture de la châsse, décida de brûler le reliquaire et ce qu'il contenait, cette même nuit, en place de Grève. Ce procès-verbal et la décision qui suivit furent signifiés à toutes les sections de la Commune et au Pape Pie VI.

... ET SA RECONSTITUTION

Cependant, quelques restes mortels de la Sainte, qui avaient été données comme reliques dans différents sanctuaires avant les années de la Révolution et qui, par suite, avaient été soustraits aux profanateurs, furent réunis (un avant-bras et quelques phalanges). C'est ce que conserve l'actuelle châsse vénérée en l'église Saint Etienne du Mont.

De l'ancienne église abbatiale de Ste Geneviève, il ne reste que la tour enclavée dans l'actuel Lycée Henri IV.

 

 

SAINTE CATHERINE
DU VAL DES ECOLIERS

 

Avant la Révolution de 1789, la Patronne céleste des Gendarmeries du Roi était Sainte Catherine. Cette Sainte de légende était le symbole de la fidélité à la Parole donnée, elle était vénérée par tous les gens d'armes,

Les Sergents d'Armes, ancêtres des Gendarmes, avaient leur église à Paris.

C'était « l'église-du-Val-des-Ecoliers ». Cette église faisait partie d'une maison religieuse, sise Rue Saint Antoine. On lisait sur l'ancien portail de cette église :

« A la prière des Sergents d'Armes, Monsieur Saint Louis fonda cette église et y mit le première pierre. Ce fut pour la joie de la victoire au Pont de Bouvines, l'an de grâce 1214.

Les Sergents d'Armes, pour le temps, gardaient ledit pont et vouèrent que, si Dieu leur donnait victoire, ils fonderaient une église en l'honneur de Madame Catherine ».

 

Cette maison religieuse avait été fondée par les chanoines du Val des Ecoliers, venant diocèse de Langres. Notons que l'Ecole de Gendarmerie de Chaumont se trouve dans ce diocèse, comment pouvait-il en être autrement ? Donc, lesdits chanoines voulaient une maison à Paris pour que les jeunes gens de leur société religieuse puissent suivre les cours à l'Université. A cet effet, ils s'étaient fait donner, en 1228, par un bourgeois de Paris, un terrain situé près de la place Baudet.

Les sergents d'Armes, soucieux d'accomplir leur voeu, s'accordèrent avec ces religieux du Val des Ecoliers et ils firent bâtir, sur leur terrain, l'église Sainte Catherine. L'Evêque de Paris, après quelques difficultés, consentit en 1229 à cet arrangement et l'église fut bâtie cette même année. Elle servit aux Sergents d'Armes et aux religieux pour leurs étudiants.

En 1636, le Supérieur du Val-des-Ecoliers consentit à la réunion de sa Société religieuse à celle de la Congrégation des Chanoines de Sainte Geneviève, les Génovéfains.

En 1782, à la suite d'un incendie, les bâtiments de la maison de Sainte Catherine furent démolis. Sur l'emplacement, on construisit un marché couvert, appelé marché de Sainte Catherine, il est situé près de l'église Saint Paul dans l'actuelle Rue Saint Antoine.














































Statue de Sainte Geneviève, d'après la sculpture réalisée par Monsieur Antoine PALAVICCINI,
pour la Région de Gendarmerie Aquitaine à Bordeaux (33)