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A propos de la liturgie et de son rôle
catéchétique :
http://catholique-diocese-aux-armees.cef.fr/consulter/t_archives/richesses_meconnues.htm
MESSE DE
FONDATION De l'Institution
Nationale des Invalides Homélie
prononcée par Mgr Patrick LE GAL Dimanche
26 septembre 2004 En 1670, le roi Louis XIV dévoilait un grand projet, celui de la construction de l'hôtel des Invalides. L'hôtel ouvrit dès 1674, mais l'église ne fut achevée qu'en 1706. Elle était dédiée à Saint Louis. C'est donc le 25 août de cette année 1706 que la nouvelle église Saint Louis des Invalides fut consacrée. Le vaste projet du roi prenait alors tout son sens et sa portée. Chaque année, cette messe, dite de fondation des Invalides, célèbre l'anniversaire de cette consécration autrement appelée « dédicace ». Il s'agissait donc, dès le début, d'une triple commémoration : fête du saint patron de l'église – Saint Louis-, fête de la dédicace, célébration de la fondation des Invalides par le roi. Cet anniversaire aurait légitimement pu être fixé à la date de la pose de la 1ère pierre, ou encore de l'ouverture de l'hôtel. C'est cependant la date de la consécration de l'Eglise qui a été retenue lorsque le projet eut pris sa forme définitive, l'hôtel entourant l'église dont le dôme, symboliquement, donnait toute son élévation à l'ensemble. **************** Quand l'Eglise célèbre la dédicace d'un lieu consacré, elle célèbre en fait la réalité même de l'Eglise, corps du Christ, peuple de Dieu, construction sainte dont le Christ est la pierre angulaire et dont chaque fidèle est appelé à être une pierre vivante. Et les textes de la liturgie de la parole pour cette fête de la dédicace nous aident à expliciter par quelques repères ou images essentielles ce mystère de l'Eglise. Jésus dit à Zachée : « aujourd'hui, je dois demeurer chez toi [1]». Voilà bien la manifestation, à travers ce récit évangélique, de ce récit évangélique, de ce qu'est l'Eglise : la demeure de Dieu parmi les hommes, le lieu favorable où l'on va pouvoir rencontrer Dieu, et pas seulement de manière fugitive : je dois « demeurer » chez toi, dit Jésus à Zachée. En conclusion du récit de la conversion de Zachée et à ceux qui s'étonnent de son attitude, Jésus déclare encore : « Le fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu [2]». Voilà une nouvelle précision sur la réalité du mystère de l'Eglise. L'Eglise est le lieu par excellence du salut, où sont appelés et où se rassemblent ceux qui ont besoin d'être sauvés. Ailleurs, chez saint Mathieu, la parabole du banquet nuptial[3] souligne plus largement encore cette même affirmation : l'Eglise est le lieu où tous sont invités à se rassembler, dans la joie du salut célébré, les méchants comme les bons, les exclus, les pauvres, les infirmes…Une seule condition : répondre librement, volontairement, à cette invitation, la faire passer en premier. Contre toute attente, c'est bien ce que fit Zachée interpellé par Jésus : « Vite, il descendit (de son arbre) et le reçut avec joie [4]». L'image du troupeau conduit par le bon pasteur souvent évoqué dans le récit biblique ou évangélique[5] souligne combien ce rassemblement opéré par le Christ en notre faveur est source de paix, de vie équilibrée et heureuse, où chacun reçoit le secours précis dont il a besoin. Les images, encore, du corps[6] et de l'édifice spirituel[7] manifestent aussi l'Eglise comme un tout harmonieux mais diversifié et hiérarchisé où chacun trouve une place adaptée à ses talents, mais où chaque partie est nécessaire à la perfection de l'ensemble. Et cet ensemble s'articule et prend sens autour de la « tête du corps », de la « pierre d'angle », c'est-à-dire du Christ[8]. ************** Si l'on tourne maintenant notre regard vers l'église Saint Louis des Invalides, non d'abord dans sa réalité architecturale, mais dans sa place et sa signification autour de cette institution des Invalides, on va retrouver d'une manière spécifique, unique peut-être, cette symbolique du lieu sacré, mais renvoyant toujours au mystère de l'Eglise et de sa vraie signification. L'église Saint Louis des Invalides n'est pas née d'une volonté ecclésiastique ou du besoin de toute une communauté de fidèles, comme c'est le cas pour les églises paroissiales, pour les cathédrales, ou pour les églises conventuelles et les abbayes ; Saint Louis des Invalides est née d'une volonté politique liée à un projet nouveau et puissant : l'hôtel des Invalides, voulu par Louis XIV. Sans doute la portée de ce projet dépasse-t-elle les enjeux explicitement envisagés par le roi. C'est un projet nouveau, peut-être unique, dont la providence et la sagesse des hommes ont su pérenniser, au-delà des soubresauts de l'histoire, la destination et la portée hautement symbolique. Il n'est nullement étonnant que les Invalides aient fourni – et peut-être inspiré- de si nombreux chefs d'états, dès le XVIIIème siècle. Ce n'est pas de la qualité architecturale, bien sûr, qu'il est question ici, mais du sens même de cette institution à laquelle – il est vrai- deux grands génies de l'architecture classique ont su offrir un cadre pleinement adapté, autant qu'admirable. L'église Saint Louis des Invalides, ce n'est pas l'église d'un monastère, mais c'est un peu cela quand même. Ce n'est pas une église paroissiale et pourtant elle est au service d'une « petite ville » dès sa fondation, ce n'est pas la chapelle d'une caserne, mais elle s'ouvre d'abord à des soldats. Elle n'est pas chapelle palatine, même si elle se dédouble pour offrir au roi une entrée d'honneur et un lieu réservé[9]. Qu'est-ce donc que cette église au cœur de cette institution des Invalides ? Regardez la France de la fin du règne de Louis XIV : depuis un siècle, elle s'épuise dans des troubles et des guerres sans fin aux frontières, dans des guerres civiles – les plus rudes-, religieuses – comble du paradoxe : misère des campagnes dépeintes par les frères Lenain, misère aussi des soldats, héros d'hier, vieillis, mutilés, désoeuvrés aujourd'hui, réduits à des expédients regrettables pour survivre. Si la nécessité politique empêche d'envisager la suppression de la guerre, on ne saurait cependant renoncer à en adoucir les conséquences, à l'humaniser autant que faire se peut. On pense aux populations civiles, mais aussi aux combattants eux-mêmes et encore aux combattants d'hier. L'institution des Invalides, avec son église plantée en son centre répond à cette requête particulière et a priori limitée : que faire des combattants d'hier ? Mais la réponse ne se réduit pas à un service social, ni à un effort caritatif, ni encore à une pieuse fondation de prière pour les soldats défunts, elle est tout cela et plus, et, en s'occupant de façon inspirée des invalides de guerre, elle touche toute la communauté nationale et contribue à la restaurer spirituellement et moralement afin qu'elle invente un art de vivre plus salutaire après les déchirures de la guerre. Parmi les anciens combattants, beaucoup malheureusement n'ont pas repris leur vie sociale, professionnelle, familiale. Ils vinrent grossir le nombre des mendiants ou des malandrins. C'est à ces hommes déchus et malheureux que pensait Louis XIV[10]. Les Invalides ne sont pas un lieu où cacher ces « parias » pour en débarrasser la Nation ; tout au contraire, ce sera le lieu visible et attirant où sera redonné à chacun de ces invalides une vraie dignité, ce qui est beaucoup plus que simplement leur proposer un dédommagement, une aide matérielle, dans leur détresse[11]. Pour ce faire, on « propose » aux pensionnaires des Invalides une discipline mi-militaires, mi-monastique, pour retrouver et conserver une qualité de vie. A tous ceux qui le peuvent, on offre un travail, que ce soit des gardes statiques dans le registre militaire pour ceux qui le peuvent, ou l'accès à des métiers diversifiés jusqu'à des savoir-faire d'artiste (on se souvient des célèbres ateliers d'enluminures ou de tapisserie). Le travail supprime l'oisiveté et contribue à redonner leur honneur de serviteurs de la Nation à ces vieux soldats. Plus étonnant pour nos habitudes de pensée contemporaines, on invite ces pensionnaires à une véritable exigence spirituelle : des instructions religieuses assurées par les prêtres de l'Institution, pendant 40 jours à leur arrivée, sonneries de cloches pour les offices, obligation de la messe dominicale…Ultimement, c'est par une relance de leur vie spirituelle qu'il s'agit de contribuer à redonner du sens à la vie blessée et rude de ces pensionnaires. C'est aussi eux qui prient pour les soldats défunts dans cette église Saint Louis dédiée à tous les soldats, vivants et défunts. Le sens de la dignité de chacun s'allie au développement d'une fraternité de destin et de la communion par delà la mort. Le développement d'une infirmerie d'où sortent les grands chirurgiens de l'époque impériale[12] et les services rendus aux pensionnaires par les Sœurs de la Charité manifestent que ces corps meurtris, ces hommes diminués méritent les plus grandes attentions, les soins les plus attentifs. Les candidatures se multipliaient. On fut très vite obligé de « durcir » les conditions d'admission. Une étrange alchimie a fait que cet asile de misérables est devenu l'endroit le plus honorable et honoré du pays, où, aujourd'hui encore, les plus grands peuvent côtoyer les plus humbles. Ce qui était exclu et misérable est rétabli et honoré. Le témoignage du courage et de l'esprit de sacrifice qui disparaissait devant la misère du vieux soldat peut à nouveau rayonner et inspirer les générations nouvelles[13]. Au milieu de cet « hôtel », l'église Saint Louis par sa présence nous rappelle l'invitation « à monter plus haut [14]» : il ne s'agit pas de se contenter d'un statut social appréciable aux yeux des hommes, mais d'avancer jusqu'à la « salle du banquet nuptial » proposée à chacun depuis le commencement du monde. L'église Saint Louis des Invalides, construite pour rassembler, autour de la table du « banquet de l'agneau », les déshérités, et les malheureux trouvés à la croisée des chemins, manifeste fortement ce mystère d'Eglise, dans lequel Dieu veut rassembler, pour les sauver, tous les pauvres hères de la terre, en vue de les introduire dans sa communion, leur communiquer sa gloire et que cette gloire rayonne. ---------------------------------------------------------- [1] Cf. Lc 19, 5. L'évangile de la conversion de Zachée est traditionnellement choisi pour la liturgie de la dédicace. [2] Cf. Lc 19,10 [3] cf. Mt 22, 1-11 et Lc 14, 15-24 [4] cf. Lc 19,6 [5] cf. Jn 10, 11-15 – Ez. 34, 11 ss – Is. 40, 11 [6] cf. I Co. 12, 12 [7] cf. I Co. 3,9 – I Pi 2, 5 -7 (lecture retenue elle aussi pour la célébration de la Dédicace) [8] Sur ces images qui nous révèlent le mystère de l'Eglise, on pourra relire, dans la constitution Lumen Gentium (concile Vatican II), ch. I, les n°7 et 8. [9] Les monuments majeurs sont signes des institutions d'un peuple. Louis XIV nous laisse deux ensembles architecturaux essentiels : Versailles et les Invalides. Versailles symbolise le pouvoir absolu du roi. Une chapelle – fort belle- y est incluse, mais n'est nullement centrale. Le pouvoir politique s'affirme distinctement et nullement dépendant du pouvoir religieux. On est très loin du projet, un siècle plus tôt du roi Philippe II en Espagne se bâtissant un palais qui est d'abord un monastère, l'Escorial. Aux Invalides, par contre, l'église – double- est placée au centre et, en même temps , elle est pleinement inscrite dans le plan d'ensemble : au service des pensionnaires, la dimension religieuse et spirituelle s'affirme comme étant « clef ». [10] Il s'agit de « …construire un hostel royal d'une grandeur et espace capable d'y recevoir et loger tous les officiers et soldats tant estropiés que vieux et caduques et d'y assurer un fonds suffisant pour leur subsistance et leur entretenement » (extrait de l'édit d'établissement royal – 1674) [11] ce qui n'est certes pas négligeable et que fit Colbert en faveur des marins, raison pour laquelle ils n'entraient pas aux Invalides, disposant d'une pension. [12] C'est le cas de Dominique Larrey, chirurgien de l'empereur [13] Le plus remarquable est que cet esprit a été sauvegardé au long des siècles et jusqu'à aujourd'hui, peut-être parce que chacun a senti qu'il y avait là une intention profondément juste, qui ennoblissait toutes la Nation. [14] Cf. Lc 14,10
LOURDES - 34ème Pèlerinage Militaire
International VENDREDI 22 MAI 1992 MESSE DE LA GENDARMERIE Homélie de Monseigneur Michel
DUBOST Je suis heureux de vous accueillir au nom du Christ, vous qui si souvent, quand je me déplace, m'accueillez. Evêque aux Armées depuis bientôt trois ans, j'ai appris à vous découvrir, à entendre vos paroles et vos silences. J'ai été un peu frappé, par exemple, dans tel ou tel escadron de la "mobile", qu'il fallait du temps pour entrer chez vous, et puis une fois que la glace est rompue, il fallait entendre aussi ce qui se dit ; j'ai découvert l'importance qu'avait pour vous la vie familiale, avec les problèmes que peuvent poser - et les avantages que peuvent avoir - toutes les vies menées en commun, les uns assez proches des autres. J'ai entendu les questions sur le fait de porter des armes ou le fait d'aller à la messe, quand on est dans la "blanche", dans le petit bourg dans lequel on habite. J'ai entendu et vu des gens faire des choses extraordinaires. Je ne parlerai pas des gens qui sont présents ici, pour votre modestie ; laissez-moi parler des absents : je suis allé à Pâques à Beyrouth, je peux dire que l'escadron qui est là, mène une vie qui n'est pas très facile. Et voici que ma tâche, c'est de vous dire à vous - tels que vous êtes, avec les problèmes, ceux que j'ai dits et ceux que je n'ai pas dits, avec les joies, celles que j'ai dites, avec votre sens du devoir, qui est toujours extraordinaire - ma tâche est de vous annoncer l'Evangile, c'est de vous faire rencontrer Celui par qui tout à l'heure vous entendiez deux appels dans les deux textes d'aujourd'hui qui sont ceux de l'Eglise universelle. -11 Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis Il. Ces textes n'ont pas été choisis pour vous, mais avouez qu'ils correspondent assez bien à un certain nombre de choses que vous faites. - " Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. " : expression en Hébreu, reprise en Grec, traduite comme cela, c'est : " Il n'y a pas de plus grand amour que de mettre son âme dans sa main pour la donner. ". C'est une expression intraduisible en français directement, sauf que ça veut dire que le don de la vie passe par des choses très concrètes, ça passe par ce que vous faites au jour le jour. Mon ministère consiste à vous dire, à l'école du Christ : Donnez toujours sens à tout ce que vous faites et ce sens ultime c'est cela, mettez votre âme dans votre main pour que chaque fois que votre main sert, ce soit un don total de vous-mêmes dans les petites comme dans les grandes choses. Don total de vous-mêmes : Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour les autres et c'est votre métier. Deuxième chose qui me semble extraordinaire dans ce qui a été lu et qui correspond bien à ce que vous êtes : c'est la notion de serviteur. Dans l'Evangile, on emploie le mot serviteur, mais qu'il ne faut pas confondre avec le mot esclave. En fait, on a tort peut-être de traduire ainsi parce que pour nous un " serviteur " c'est quelqu'un qui n'est pas libre. Or, votre métier n'a de sens que si vous êtes libres; et que si vous en acceptez les contraintes librement. Et que si vous donnez sens à tout ce que vous faites dans la liberté. On ne défend pas une démocratie, on ne défend pas une justice, un ordre, si on est pas soi-même un citoyen libre, acceptant ce qu'il faut d'organisation, de hiérarchie, pour défendre cette liberté. Le Christ ne veut pas d'hommes qui soient dans un service pour " servir " comme des esclaves mais Il veut des amis. Et Il veut qu'à travers ceux qui le représentent, c'est à dire nous les Chrétiens que toute organisation soit, en fin de compte, un signe d'amitié pour ceux qui sont tous frères parce qu'ils ont un même Père. Enfin, il y a un troisième appel dans l'Evangile sur lequel je voudrais insister : Le Christ nous dit qu'il nous donne un commandement, un commandement bizarre, puisque c'est le commandement de l'Amour, et je ne connais pas beaucoup de choses qui peuvent aussi peu se commander que l'Amour. Il nous donne le commandement de l'Amour, à mon sens, pour deux raisons : d'abord parce qu'un commandement appelle une réponse et que à travers ce commandement, Il vous dit, où que vous soyez, que vous soyez un peu endormis, que vous soyez réveillés, Il vous dit : " Ecoute mon appel, et, que me réponds-tu ? " De plus, lorsque l'on est commandé, ce que l'on fait vient de nous et de plus haut que nous. L'amour de nous, de fait, si vous êtes des gens capables d'aimer, vous découvrirez en vous des capacités qui vous semblent venir d'ailleurs. Vous avez en vous des capacités qui sont plus grandes que ce que vous imaginez : Ces capacités sont en vous la marque de l'Esprit Saint. Et le commandement de l'Amour fait surgir en vous une force qui ne vient pas que de vous. Il faut que vous répondiez chacun au commandement d'Amour au plus profond de vous-mêmes. Est-ce que vous êtes capables d'entendre cet appel de Dieu qui vous dit : "Aimez" ? Si vous êtes honnêtes avec vous-mêmes, vous direz : Je ne m'en sens pas capable. Et moi, mon ministère, au nom du Christ, c'est de vous dire, que vous avez tort sur vous-mêmes : tous autant que vous êtes, vous êtes capables d'aimer. Vous êtes, plus que vous le croyez, capables d'aimer ; vous êtes, plus que vous croyez, capables de donner votre vie ; vous êtes, plus que vous croyez, capables d'être libre ! Osez croire en vous-mêmes ! Et si je vous dis cela, c'est pour que vous soyez capables là où vous êtes, de vous lever, et, comme dit l'Evangile, de partir et de produire du fruit. Je suis quelques fois un peu triste de voir que nous Chrétiens, parce que nous sommes médiocres et c'est vrai quelques fois, parce que nous n'avons pas confiance en nous, et nous avons tort, nous n'osons pas dire que nous sommes Chrétiens. Nous n'osons pas agir. Croyez en vous, Dieu vous aime Michel DUBOST. HOMELIE MESSE GENDARMERIE. PMI
1996 " Où l'avez-vous mis ? " demande Marie Madeleine, devant le tombeau, au matin de Pâques ... Question que l'on peut se poser après des siècles de christianisme : " dans quel état l'avez-vous mis, le Dieu de l'Évangile ? La foi est un héritage qu'on transmet comme une espérance ! Je ne peux croire que ce que j "espère... Croire en qui, croire en quoi ? Vitesse, télécommunication, informatique,, énergie nucléaire, prouesses techniques. Faim, surpopulation, inflation, chômage, spéculation, misère, pollution, guerre .... le meilleur et le pire se mêle. Où va la vie ? Qu'est-ce que l'homme ? Y -a t-il un sens ? Qu'attendez-vous de Dieu ? A quel Dieu vous attendez-vous? Qu'attendez-vous de vous... et des autres ? C'est d'abord Dieu qui attend. Il attend l'homme comme le Père le fils prodigue. La Genèse chante la Création comme une espérance qui aboutie dans l'homme. L'homme, espérance de Dieu ! Le combat d'aujourd'hui espérer ! A tous ceux qui cherchent un sens à leur vie , a tous ceux qui sont dans les situations humaines les plus inextricables, les solitudes les plus désolées,, le péché le plus compliqué, à tous ceux-là qui se demandent : à quoi ça correspond d'être un homme ? Le christianisme répond: Vous êtes l'espérance de Dieu. L'espérance est une vertu prophétique, une force qui ne repose pas sur un calcul de probabilités. C'est une invitation à quitter nos basses eaux, nos maisons qui sentent le renfermé, à ouvrir une fenêtre sur le côté jardin, celui de Dieu figuré des l'origine comme le paradis de vie. Chercher tout ce qui est sève et vie, parentés et filiations, nourrir le désir de crever les surfaces, d'aller vers l'essentiel. L'espérance est la vertu du chercheur. Non pour posséder Dieu, car alors il nous échapperait; dès l'instant où l'Église, nous-mêmes, ne donnons plus signe d'espoir, nous enfermons dans des dogmatismes, Dieu perd connaissance. Alors que le témoignage de tant d'hommes et de femmes qui donnent plus d'amour qu'ils n'ont d'amour, plus de temps qu'ils n'ont de temps, plus de force qu'ils n'ont de force appelle chacun à s'interroger sur cette force de vie qui les habite, présage d'un Dieu venant au cœur de l'impossible. C'est pourquoi il n'y aura jamais assez d'hommes et de femmes travaillés et transfigurés par une " étrange présence ", jamais assez de regards tournés vers une étoile qui puisse " conduire notre Espérance ". L'espérance exorcise le gris. Même si elle a le poids de la souffrance, car elle naît de 1 épreuve. Serait-elle encore plausible si elle n'était qu'une vertu de gens aisés, insouciants ou inconscients ? Tant que l'on n'a pas connu l'indifférence des uns, la méchanceté des autres, les blessures et les meurtrissures de l'amour, les cassures de la vie, l'espérance n'est qu'une " fleur bleue ". Tant que, volontairement l'on n'a pas fait le vide de tout ce qui encombre : fausses valeurs et fausses amitiés, mondanités, vanités, enfantillages, l'espérance n'est qu'une fleur artificielle. Au-delà de la facilité et du simplisme de ceux qui disent : " ça va s 'arranger " , il y a l'espérance. Au-delà de l'amertume des désabusés, de l'agressivité des écorchés, il y a l'espérance. Au-delà du scepticisme des gens fatigués, il y a l'espérance. Espérer, c'est savoir que renaître est possible. C'est se confier à l'Esprit qui " renouvelle toute chose " en nous redonnant le goût des cimes et des sources. L'espérance est la nourriture des voyages. Dans notre besoin de fidélité,, un oui d'amour entre deux êtres peut devenir signe de la fidélité de Dieu; dans notre désir de l'Esprit, une imposition des mains faite dans la foi baptismale peut devenir confirmation de sa présence; dans notre désir de réconciliation, une confession d'amour peut devenir un traité de paix; dans notre désir de guérir, un geste de prière sur un corps malade peut devenir manifestation de la douceur de Jésus. Ainsi, en quelques signes, le Royaume est à nos portes d'hommes. L'espérance est un seuil à franchir. Mais le Christ n'est pas derrière la porte. Il est la Porte, comme il est l'Amour. L'espérance naît d'une rencontre. Évangéliser, c'est donner envie de Dieu. La source ne peut jaillir s'il n'y a pas de brèche, brèche ouverte par l'inquiétude du cœur humain et la découverte que le Christ de Pâques est vie, et la vie en abondance. Cette même espérance veut croire que nos petits bonheurs d'hommes ne sont pas étrangers à la béatitude de Dieu. La vie n'est pas le vestibule de l'éternité; nous n'avons pas à passer notre vie à faire antichambre. L'espérance veut nous apprendre l'art de vivre. L'art de se battre pour vivre; l'art de se battre pour que les autres vivent; l'art de vivre l'instant intense; l'art de vivre l'aujourd'hui des hommes ; l'art de connaître sans savoir; l'art de pardonner; l'art d'aimer : EXISTER, QUOI ! Sous le regard de Dieu .... Le regard de Dieu qui rejoint les rêves obstinés du cœur humain : entrer vivant dans l'au-delà, enfanter un monde plus vivable, être aimé sans défaillance ..... Espérer, c'est être présent à notre monde tel qu'il est : c'est dire qu'il n'y a pas d'espérance sans écoute de l'incroyance: comment annoncer notre espérance si nous ne sommes pas attentifs aux inquiétudes de nos frères ? D'ou la question inévitable : de quels lieux humains 1'église annonce-t-elle ce qu'elle espère ? Et l'Église n'a -t-elle pas peur de l'annoncer ? Il semble urgent de retrouver la Parole de Dieu comme parole qui convoque et rassemble, mobilise et dynamise, parole vibrante qui parle à la foule. N'est-ce pas là le sens du PMI ? Vous ne serez pas étonnés que le dernier mot de l'espérance soit prière: Prière à travers ce poème placardé sur les murs de Prague, où chacun pourrait reconnaître les traits du Ressuscité : " Si tu es fatigué, repose ta tête sur notre épaule; Si tu as soif, bois à la source de notre foi, Si tu as faim, mange le pain de notre amour; Si tu es menacé, que nos bras soient ton épée et nos cœurs ton bouclier; Si ton chemin est semé d'épines, marche quand même, nous t'accompagnerons; Ne quitte jamais le chemin de la liberté, de l'honneur, de la vérité Sur une autre route tu serais seul. " Ne quitte jamais le chemin de l'espérance sur une autre route tu serais seul....
HOMELIE POUR LA MESSE DE LA GENDARMERIE LOURDES 37ème P. M. I.
Alors que dans quelques instants, il va se lever pour affronter une nuit d'angoisse, puis mourir crucifié, Jésus tient à donner aux apôtres sa paix et dire la fidélité de l'amour de son Père. Il veut les inviter, dans les heures troubles qui vont suivre, à tenir bon, à ne pas perdre pied, à ne pas perdre coeur. Jésus veut les inviter au courage. A oser, dans un monde inquiet et souvent sans repère, à oser sa paix. A trouver en lui, le Seigneur, leur amarre, pour être des pacifiés. Et des pacifiants. Comment? En aimant l'autre comme lui nous aime. Vous allez dire: voilà un refrain usé ! Usé comme tout ce que nous sommes habitués à entendre. Et pourtant, dans un monde habitué à la haine et à la violence, redire en acte, à temps et à contretemps, inlassablement que seul n'est solide, à commencer par la paix, que ce qui repose sur l'amour, n'est-ce pas à chaque fois, tenter de faire du neuf ? Que veut l'amour ? Que nous " portions du fruit ". Les mots qui scandent l'évangile de saint Jean sont : fidélité, amitié, choix, connaissance, joie.. On pourrait croire qu'il s'agit là de fruits mûrs qui viennent lorsque le devoir d'aimer a été accompli. Il n'en est rien ! Car ces réalités-là sont d'abord source de l'amour. Elles en sont 1e tissu. Elles expriment la force, 1a tension, 1a vie de relation entre les êtres. Elles sont 1a mise en oeuvre de notre capacité à nous relier aux autres. Elles disent notre désir d'une communion à 1a ressemblance de celle qui existe entre le Père, le Fils et l'Esprit-Saint. Ces mots révèlent l'esprit, la couleur et le feu de l'amour. Ils en disent 1a " hauteur, la largeur et 1a profondeur " ; ils 1e rendent vrai. Porter du fruit, c'est le contraire de mourir. Comprenons-bien: celui qui porte du fruit ne se survit pas seulement dans un autre ; il se survit en lui-même. Car nous nous grandissons à la mesure de ce que nous donnons. Le don de soi: voilà notre mesure réelle. I1 en va ainsi de l'Église. Seul l'amour vrai est l'amour qui en sort. Car l'Eglise est d'abord pour les autres. La première parole qui retentit en elle est un " va " et non un " vient ". Obligation lui est faite, dès son origine, de rejoindre les lieux où se construisent et se démolissent le présent et l'avenir des hommes. Parce que Dieu l'y a précédée. Voilà ce que comprennent très tôt Pierre, Paul, Barnabé et les autres. L'Eglise donc, trahirait à trop garder son souffle. Tout son être aspire à la rencontre et à la communication. A diffuser l'amour du Christ. Certes, frontières et barrières se dressent sur sa route, mais la passion de l'échange qui anime le christianisme ne peut être endiguée. Pour être d'Eglise, disciples du Christ, ne craignons pas, depuis les petites circonstances de la vie quotidienne jusque dans ses moments cruciaux où nous risquons de perdre la vie, d'aimer comme le Christ nous aime : c'est là que nous jouons la fécondité de notre existence. Le don de soi, voilà notre vraie mesure... Il peut arriver que l'Eglise nous déconcerte. Nous l'aimons pour 1a beauté de sa liturgie, 1a générosité de ses prêtres, les monastères, les baptisés responsables; et puis nous la trouvons dure, soucieuse de principes qui nous paraissent dépassés ou trop difficiles à suivre. Nous voulons en être sans en être et nous ne comprenons pas toujours que certains en soient. Or, séparer le Christ de l'Eglise et l'Eglise de Jésus comme on distingue le fruit de l'arbre est facile... Et mortel ! Les purs de tous les temps en ont rêvé. D'un côté Jésus, sa présence, son rayonnement, son intégrité; de l'autre, l'Eglise, qui oscille entre l'image de la Vierge Marie et celle de la prostituée. Malgré ses confits, dont témoignent déjà les Actes des Apôtres, l'Eglise n'est pas un moindre mal. Elle est ce lieu humain paradoxal, très humain, dans lequel vit et agit l'Esprit de Dieu; le lieu de cette secrète alchimie où Eve redevient Marie, où l'humanité naît à son visage d'éternité, et où chacun peut trouver, lorsqu'il le demande en vérité, et que d'autres, en son sein, 1a vivent en vérité, la parole de paix du Christ Jésus. Aussi, Gendarmes, je vous presse d'être les témoins et les relais de cette paix et de cet accueil de l'autre au sein de vos communautés professionnelles Vous pouvez compter sur vos aumôniers. Je sais leur disponibilité. Ensemble, nous pouvons apporter l'Espérance dont notre monde a besoin. Puisse sainte Geneviève veiller sur chacun de vous. Amen. Philippe REGEARD du CORMIER, Vicaire Episcopal Aumônier national de la Gendarmerie.
HOMÉLIE POUR LA FÊTE DE SAINTE
GENEVIÈVE
DU GROUPEMENT DE GENDARMERIE DEPARTEMENTALE
DE VENDEE - ANNEE 2008
L'aumônier catholique Dominique REZEAU, aumônier du GGD de Vendée lors de la Sainte Geneviève 2008 du Groupement
Frères et sœurs, chers amis, beaucoup d'entre vous connaissent sans doute le texte d'évangile que nous venons d'entendre, la parabole du Bon Samaritain. Elle fait partie de ces histoires que Jésus raconte pour se faire mieux comprendre de ses auditeurs, pour faire passer son message avec des images et des mots simples. Et puisque l'attention à l'autre, la charité véritable, cet amour supérieur dont nous parlait déjà la première lecture de saint Paul, est au cœur du message chrétien, Jésus raconte cette histoire d'un homme qui se trouve dans une « situation de détresse », dirions-nous aujourd'hui : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à demi-mort. Étant en poste il y a quelques années dans cette même région, j'ai souvent parcouru, seul en voiture la route qui va de Jérusalem à Jéricho, et je ne pouvais m'empêcher de penser à ceux qui attendaient peut-être encore le voyageur au milieu de gorges encaissées et désertes, dans un climat de violence qui perdure en Palestine. Si je me suis parfois trouvé au milieu de tirs croisés, comme en d'autres régions du monde, grâce à Dieu je m'en suis toujours sorti sans dommage !
Cette parabole évangélique n'est pas non plus sans rapport avec ce que vivent parfois nos contemporains et vous-mêmes, personnels de la gendarmerie nationale. Vous êtes souvent confrontés à la situation de personnes victimes d'agressions, dans le cadre de la délinquance ou des conflits familiaux. Nous avons eu cette année en Vendée quelques cas particulièrement tragiques ; je pense à cette jeune femme assassinée et à son petit garçon jeté dans le lac d'Apremont, aux nombreuses victimes de la route, parmi lesquelles deux de vos collègues de Montaigu, aux attaques contre des personnes seules ou aux femmes victimes de violence psychologique et physique.
La parabole nous parle de la victime, de ses agresseurs, de ceux qui s'arrêtent ou ne s'arrêtent pas pour lui porter secours. Le prêtre passe son chemin ainsi que le lévite, et je ne suis pas particulièrement fier de ce comportement d'un confrère ! Mais vous savez bien qu'il y a des nuls partout, dans le clergé comme dans la gendarmerie ! Par contre, celui qui s'arrête, qui voit le blessé et prend pitié de cet homme tombé sur le chemin, celui qui panse ses plaies, le réconforte, le transporte sur sa propre monture jusqu'à l'hôtellerie la plus proche, celui-là, le Bon Samaritain, restera pour toujours la figure de l'homme qui a reconnu dans l'autre son propre frère, son prochain, dont il se fait lui aussi le prochain ! Un article de caractère historique paru il y a quelques années dans la « Revue de la gendarmerie », avait pour titre « Assister et secourir au XIXe siècle : l'exemple des gendarmes du Puy-de-Dôme ». L'auteur y montrait l'importance des missions d'assistance à la personne à cette époque, avec ce sous-titre : « Le gendarme au XIXe siècle : du bon samaritain à l'expert ». Il mentionnait le décret du 1er mars 1854 qui organise la gendarmerie nationale et qui invite chaque gendarme, je cite « à porter assistance à toute personne qui réclame son secours sous peine de prévarication dans l'exercice de ses fonctions ». Cette obligation a été reprise dans le décret de 1903 toujours en vigueur : « La gendarmerie doit assistance à toute personne qui réclame son secours dans un moment de danger. »
Le développement des services de secours, pompiers, SAMU, protection civile, ont certes conduit à la répartition des tâches en matière d'assistance aux personnes. Le gendarme n'est peut-être plus souvent considéré comme un Bon Samaritain, et le côté répressif de sa mission l'emporte parfois dans l'opinion publique sur l'aspect du service. Cet aspect demeure cependant fondamental, même si les lois modernes préfèrent aux termes d'assistance et de secours celui de protection, des personnes, des biens, de l'environnement. La nouvelle loi relative à la gendarmerie, en discussion au Parlement exprime clairement que celle-ci « contribue en toutes circonstances à la protection des populations ».
Si les temps et les textes changent, l'exemple du Bon Samaritain conserve cependant toute sa valeur pour le gendarme, et en particulier pour le gendarme chrétien. Une force ne peut être appelée « humaine » que si ceux qui la composent se comportent et agissent avec humanité, en réfléchissant aux valeurs qui ne pourront jamais être mises de côté dans le service, mais aussi dans la vie quotidienne, en caserne, en famille, avec les collègues : le respect de soi et des autres, la droiture, l'abnégation, le courage.
Le décret de 1903, à propos des contrôles d'identité « enjoint à la gendarmerie de se comporter, dans l'exécution de ce service, avec politesse et de ne se permettre aucun acte qui puisse être qualifié de vexation ou d'abus de pouvoir ». Quant à la commission qui a étudié la nouvelle loi au Sénat, elle a jugé qu'il n'était pas utile de rédiger un code de déontologie pour la gendarmerie, d'une part parce que de nombreux contrôles existent déjà, mais aussi parce qu'il a été constaté, je cite, « que les cas de manquement aux règles déontologiques sont relativement rares au sein de la gendarmerie ». Je ne peux que m'en féliciter avec vous.
Chers amis, éclairés par la parole de Dieu et fortifiés par la foi, que cette célébration et l'eucharistie qui va suivre confortent notre désir de servir les autres et la communauté humaine, comme l'ont fait certains de nos collègues, au péril de leur vie, comme l'ont fait ceux qui ont combattu pour la France lors de la première guerre mondiale largement commémorée en ces jours. Un poilu vendéen écrivait ainsi dès 1914 à sa femme et à sa petite fille qu'il ne devait jamais revoir, quelques semaines avant sa mort : Au coin d'un bois, sous la pluie de balles, j'ai pensé à vous, chers trésors, j'ai bien pensé ne plus jamais vous revoir. Mais, après avoir fait mon Ave Maria et mon acte de contrition, j'étais prêt à tout et j'ai marché la tête haute, ne craignant rien… .Mais je t'ai assez parlé de guerre maintenant, ma chère Florine. Que veux-tu, c'est plus fort que moi, je suis si patriote et de bon cœur que je te vois heureuse de m'entendre te parler ainsi ». Ce soldat était mon grand-père maternel, mort à l'aube de ses 30 ans.
Sainte Geneviève 2008 à Saint
Gilles.
Messe célébrée le 4 Décembre en l’Abbatiale de Saint Gilles du Gard.
Avec les gendarmes groupement du Gard et compagnie de Nîmes.
Homélie prononcée par l’Abbé Michel GUILHOT Curé de St Gilles.
Les textes bibliques sont : Lettre de Saint Paul aux Philippiens 4,4-9
Evangile selon St Matthieu 21, 23-27. « Par quelle autorité fais-tu cela ? et qui t'a donné cette autorité ? » Dans notre texte d'Evangile, Jésus enseigne dans le Temple de Jérusalem, et on lui pose cette question… Dans l'Evangile de Jean (2, 13-21), Jésus pose un geste prophétique : il chasse les vendeurs du Temple avec un fouet et il a ces paroles fortes : « Ne faites pas de la Maison de mon Père une Maison de trafic. »
Par ce geste quelque peu violent, Jésus s'arroge le droit de juger la manière dont le culte est vécu dans le temple signe de la présence de Dieu avec son peuple. Ce faisant, il se met au-dessus des prêtres responsables du culte et il se fait aussi l'égal de Dieu puisqu'il dit « ne faites pas de la Maison de monPère… »
Dans le contexte politico-religieux de son époque c'est un acte de folie violente vis-à-vis du peuple et des rites sacrificiels et c'est une prétention blasphématoire vis-à-vis de Dieu.
On comprend dès lors que les autorités religieuses demandent à jésus de se justifier : d'où lui vient cette autorité ?
Or quelque soit sa réponse, nous le comprenons bien, Jésus est piégé – et c'est donc ce même piège qu'il va tendre à ses détracteurs à propos du baptême de Jean… « Son autorité venait-elle du ciel ou des hommes ? » Ils sont piégés eux aussi, et Jésus ne répondra pas à leur mise en demeure…
Dans un autre texte (Jean 20,21), s'adressant aux apôtres après la résurrection, Jésus leur dira : « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie » et aussi : « qui vous reçoit me reçoit et qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé . »
Jésus tient son autorité de son Père et cela le conduira à aller jusqu'au bout du projet d'amour du Père pour chacun et pour le monde en donnant sa vie pour que le monde ait la Vie et qu'il l'ait en plénitude. Oui, Jésus a choisi librement de réaliser pour le monde la mission que le Père lui a donnée… Chers frères et sœurs gendarmes, nous rejoignons ici le thème de votre journée de rencontre : « De l'autorité dans la joie. »
On ne se donne pas l'autorité à soi-même, on la reçoit de plus grand que soi et pour une mission qui nous dépasse. Exercer l'autorité, c'est d'abord « autoriser », c'est-à-dire permettre aux autres de donner le meilleur d'eux-mêmes… l'autorité n'est pas là pour brimer les talents ou les initiatives qui vont dans le bon sens.
Mais si l'homme est capable du meilleur, il est aussi hélas capable du pire et alors l'autorité doit « arrêter » ceux dont les actions sont dangereuses ou criminelles… C'est votre belle et délicate mission dans notre société actuelle… Vous expérimentez que l'autorité que donne la fonction ne suffit, car la fonction ne peut pas être comme un espèce de bouclier derrière lequel on cacherait une autorité naturelle, humaine inexistante… Vous le savez : comme il y a l'esprit et le lettre de la loi, il y a l'esprit et la lettre de l'autorité et la lettre sans l'esprit tue…
Chers frères et sœurs gendarmes, en célébrant avec vous Geneviève votre sainte patronne, l'Eglise vous dit sa reconnaissance pour votre service des personnes et de la société. Dans un Pays démocratique, c'est finalement de ce peuple que vous servez que vous recevez votre autorité. Et si vous êtes croyants chrétiens, vous vous rappelez cette parole de Jésus : « chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » (Matthieu 25,40) Secourir les gens, faire tout pour que justice soit faite envers les victimes ; à travers cela vous rejoignez le Seigneur. De même, traquer, arrêter, permettre l'aveu des agresseurs et faire fonctionner la justice aussi pour eux, c'est travailler à extirper le mal qui ternit dans les humains l'image et la ressemblance de Dieu.
L'Evangile nous appelle à dénoncer et à extirper le mal tout en respectant la personne humaine qui est toujours plus grande que le mal qu'elle a pu faire et qui est capable de repentir et de changement…
Il y a dans l'Evangile des paroles de Jésus qui peuvent choquer : « aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous font du mal… ne rendez pas le mal pour le mal… » En attendant cela, on peut penser que Jésus est un doux rêveur ou un non violent naïf.
Et c'est vrai que dans la recherche de ceux qui ont assassiné, on peut être tué soi-même ; et il faut saluer ici la mémoire des gendarmes qui ont perdu la vie en réalisant leur mission. Pourtant la parole de Jésus est forte et importante pour sauver l'humain en nous. Car si tu réponds au mal par le mal tu fais grandir le mal pour toi et pour les autres… Si tu ouvres comme une brèche d'amour dans l'engrenage du mal, alors le mal n'aura pas le dernier mot.
Jésus en donnant sa vie a introduit cette brèche d'amour dans l'engrenage du mal et de la mort. Par la mort et la résurrection, Dieu a réalisé pour son Fils et pour nous tous, la victoire finale de la vie et de l'amour.
L'Evangile nous appelle à suivre ce chemin pascal avec le Christ dés maintenant, au cœur de nos responsabilités et pour vous au cœur de votre autorité de gendarmes. Même si les agissements humains sont souvent mêlés de bien et de mal, la lumière pascale du Christ donne sens… et dans les deux sens du mot sens, c'est-à-dire signification et direction à votre autorité. C'est le sens qui, en donnant force et légitimité, engendre la joie de vivre l'autorité non pas comme une domination mais comme un service de toute l'humanité. C'est ce que, dans le Christ, je vous souhaite de tout cœur.
AMEN.
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